
Dans le rugby, certains joueurs transcendent leur rôle pour devenir de véritables piliers d’une équipe. Julien Marchand, talonneur du Stade Toulousain, en fait incontestablement partie.
Alors que le Tournoi des Six Nations 2026 bat son plein, Guilhem Guirado, ancien capitaine du XV de France, dresse le portrait d’un joueur désormais reconnu parmi les meilleurs mondiaux à son poste. Dans une longue interview accordée à *Midi Olympique*, il revient sur l’évolution de Marchand et son impact sur le rugby français.
### Un combattant qui revient toujours plus fort
La carrière de Julien Marchand a été marquée par plusieurs coups durs. Blessé lors des Coupes du monde 2019 et 2023, il a parfois dû céder sa place à son concurrent et ami Peato Mauvaka. Malgré ces obstacles, le talonneur ne cesse de revenir plus fort et plus déterminé.
« Je ne suis pas surpris, c’est la suite logique de tout ce qu’il a mis en place depuis pas mal d’années », confie Guirado. Selon lui, Marchand a su puiser dans ses difficultés pour se forger un mental d’acier : « Il est arrivé jeune, a fait ses armes, a connu aussi des frustrations, des blessures, des déconvenues. Mais il s’est nourri de ça. »
### Le rugby international, son jardin secret
Si Marchand répond présent avec Toulouse, c’est sous le maillot bleu qu’il révèle toute l’étendue de son talent. Guirado souligne un trait marquant : « C’est paradoxal, je le trouve plus mis en avant sur le jeu de l’équipe de France que celui de Toulouse. »
Le talonneur a su enrichir son jeu sans renier les fondamentaux du poste : « Ce qui est important sur ce poste, c’est quand même d’être très bon sur les phases de conquête, sur les prérequis et l’essence même du rôle de talonneur. Là-dessus, il excelle. Mais il a vraiment fait évoluer son jeu, je le sens de plus en plus à l’aise. »
Dès ses débuts à Marcoussis en 2018, son potentiel sautait aux yeux, se remémore Guirado : « J’ai vite su qu’il allait prendre le rôle. Sur ce point, je n’avais pas trop de doutes. Avec Camille Chat, je les ai vus arriver assez fringants, avec énormément d’appétit. Après, ils se sont construits différemment. Sur les bases du poste, Julien avait plus de ressemblances avec moi, et j’ai aimé son caractère, sa volonté de rester discret, sobre sur ce qu’il faisait. »
### Une complémentarité exemplaire avec Peato Mauvaka
Plus que des rivaux, Marchand et Mauvaka forment un duo intelligent et complémentaire. « C’est un binôme qui fonctionne bien », analyse Guirado. « Tous deux ont de très grosses capacités. Ils ont été intelligents, sont parfaitement conscients que, ce que l’un fait très bien, l’autre sait le faire différemment et a d’autres qualités. Plutôt que de vouloir se ressembler ou être le meilleur partout, ils ont une approche presque anglo-saxonne : ‘D’abord, je vais m’appuyer sur mon point fort, et je vais continuer à travailler.’ C’est bénéfique pour le collectif. »
L’ancien capitaine regrette toutefois que Marchand n’ait pas souvent pu évoluer aux côtés de ses amis Baille et Aldegheri en sélection : « Malheureusement pour lui, il a peu joué avec ses deux potes à côté en équipe de France. Il a tellement d’affection pour eux. Avant, il jouait beaucoup avec Cyril, maintenant plutôt avec Dorian. Mais ils avaient dans le coin de la tête de faire un maximum de matchs ensemble en équipe de France. »
### Objectif Australie 2027
Après des Coupes du monde marquées par la malchance, Julien Marchand se projette déjà sur le futur. « Julien a une frustration pour la Coupe du monde 2019, qu’il avait manquée sur blessure. En 2023, il s’est blessé sur le premier match et n’est pas revenu. C’est un compétiteur, il doit avoir 2027 en ligne de mire. Ce que je lui souhaite, c’est d’y arriver en pleine possession de ses moyens. Et s’il continue sa lancée actuelle… »
### Un leader naturel
Dans le vestiaire, Marchand est un « chef de meute ». Il n’a pas besoin de longues tirades pour imposer sa présence. « En tant que talonneur, on est au milieu de tout le monde, donc on est obligé d’avoir cette position centrale, de parfois prendre un peu les autres par le maillot et de les remettre dans le droit chemin », s’amuse Guirado. « Cela ne m’étonne pas que Julien ait ce rôle de leader de combat, je l’avais d’ailleurs perçu chez lui. »
Malgré sa discrétion en dehors du terrain, son aura est immense : « L’un n’empêche pas l’autre. Tu peux rester discret, mais aussi être leader par ce que tu démontres, ce que tu fais passer comme message à travers tes actes. Je n’ai pas l’impression que Julien se force dans ce rôle. Il est naturel et épanoui, année après année. »
Pour Guilhem Guirado, le verdict est sans appel : « Avec tout ce qu’il montre depuis sept ou huit ans, Julien est une valeur sûre à ce niveau. Il a une grosse expérience internationale, est rassurant sur les fondamentaux, dans le très haut du panier sur ce qui concerne la mêlée et la touche, ce qui reste la première des exigences au poste. Il est une référence et, si ça dépend des caractéristiques de chaque joueur, je le place dans le top 3 mondial. »







