À seulement 25 ans, Yoram Moefana, centre international de l’UBB avec 37 sélections en équipe de France, s’impose déjà comme un pilier incontournable des Bleus. Son parcours fulgurant, loin d’être un hasard, est le résultat d’un pari audacieux lancé à l’âge de 13 ans : quitter son île natale de Futuna pour tenter sa chance en métropole.
Ce départ précoce s’accompagne d’une décision courageuse et d’une séparation difficile avec sa famille. Pour convaincre sa mère, le jeune Yoram a dû faire preuve de persuasion. Il confie à Sud-Ouest : « Comme je suis très proche de mes oncles, j’ai réussi à la convaincre de me laisser partir en France pour les études et le rugby. Même si j’ai d’abord insisté sur la première raison (sourire)… C’était difficile pour elle, mais elle avait confiance en mes oncles. Elle savait qu’ils prendraient soin de moi ». Aujourd’hui, il mesure pleinement ce sacrifice maternel : « Si mon enfant me dit qu’il a envie de partir à 13 ans, je pense que je vais me poser beaucoup de questions : où il ira, avec qui, est-ce qu’il sera bien ? Ça a dû être très difficile ».
L’arrivée en métropole à Limoges marque un choc culturel et linguistique majeur. Habitué à une vie tranquille et choyée à Futuna, Yoram découvre un environnement nouveau sorti de son quotidien insulaire : « Mais avec toutes les voitures, les autoroutes, les feux de signalisation, je me suis vite rendu compte que c’était autre chose que les îles ». Le français n’était d’ailleurs pas son point fort : « J’ai eu un peu de mal au début, mais c’est de ma faute. À Futuna, je ne parlais le français qu’en classe. Le reste du temps, j’utilisais le futunéen. Du coup, je faisais beaucoup de fautes quand je suis arrivé ici et comme je n’avais pas trop confiance en moi, je ne parlais pas beaucoup. Comme je l’ai dit, j’avais vraiment du mal : j’étais nul en français. En dictée et en orthographe surtout. Ça m’a bien servi. Comme le fait d’être avec mes potes de la génération 2000 à Colomiers d’ailleurs. Quand je me trompais de mot, ils me reprenaient en me chambrant gentiment. »
Loin de ses parents, il doit très rapidement apprendre à se responsabiliser, sous l’œil vigilant de ses oncles Tapu et Tiaki Falatea : « Ils m’ont poussé à me responsabiliser ». Entre le ménage, la cuisine partagée avec ses cousins comme Sipili Falatea, et les dictées imposées après les entraînements, son apprentissage se révèle rigoureux mais indispensable. « Mes oncles disaient à ma grand-mère qu’elle devait me laisser apprendre à me débrouiller ». Malgré tout, l’éloignement génère des moments de doute : « Il y a forcément eu des moments plus difficiles. Jeune, tu repenses forcément à la famille, aux parents, aux amis. La vie à Futuna était tranquille. C’est en France que j’ai appris qu’on court toujours après le temps. C’était dur, je n’étais pas positif tous les jours. J’avais parfois envie de rentrer. »
Le rugby reste sa passion, mais c’est aussi la rigueur et la discipline inculquées par sa famille, notamment son oncle Tiaki, qui ont façonné son quotidien. « Tiaki savait nous tomber dessus quand on faisait des conneries à l’école (sourire) ». Cette exigence a été cruciale, même lors des périodes les plus difficiles, comme le confinement : « À chaque fois qu’il finissait son travail, il me disait tous les jours « Yo, tu te lèves ! ». Même s’il était fatigué après sa journée de travail, il faisait les séances avec moi pour me pousser à travailler ».
Aujourd’hui, Yoram Moefana regarde son parcours avec humilité et gratitude : « Je me dis que j’ai eu de la chance, les planètes se sont bien alignées. J’ai rencontré les bonnes personnes au bon moment, c’est ce qui m’a permis d’en arriver là où j’en suis aujourd’hui ». Une trajectoire exemplaire, nourrie de courage et d’abnégation, qui laisse présager un bel avenir au joueur du XV de France.







