Thomas Ramos, l’arrière du XV de France, s’est livré dans les colonnes de L’Équipe à quelques jours du match crucial contre l’Écosse à Murrayfield. L’international toulousain, qui vient de fêter sa 50e sélection, revient sans détour sur son parcours, ses doutes, mais aussi ses ambitions.
« Je suis fier de mon parcours en équipe de France, d’autant plus qu’il n’a pas toujours été linéaire. Je suis allé me les chercher. Mais à la fin de ma carrière, je n’ai pas envie qu’on dise : ‘Il a eu 50, 60 ou 70 capes mais par contre il n’a rien gagné’ », confie-t-il.
Entre 2019 et 2022, une période difficile où les incertitudes l’ont assailli. « Après la Coupe du monde 2019, je ne savais pas de quoi l’avenir serait fait. En 2020, encore moins. Et en 2021, encore moins. Jusqu’en 2022, je n’y aurais peut-être pas cru. J’ai vécu quelques années très compliquées. Ça montre qu’il ne faut jamais rien lâcher. J’ai su aussi m’adapter à des consignes de jeu auxquelles tout bêtement je n’adhérais peut-être pas au début. Il a fallu que j’évolue et que je mûrisse un petit peu pour comprendre que je ne pouvais pas me permettre certaines choses au niveau international. »
Aujourd’hui, Thomas Ramos se dit dans une forme et une maturité nouvelles, aussi bien avec les Bleus qu’à Toulouse. « Depuis la saison 2023-2024 et mes 27-28 ans, je pense que mes saisons sont plutôt complètes, avec forcément des hauts et des bas parce qu’on ne peut pas être toujours au top. En tout cas, j’ai l’impression d’être dans une forme et une maturité que je n’avais pas auparavant. »
Récemment salué par Ronan O’Gara comme le « meilleur joueur du monde », Thomas Ramos reste humble. « Même si ça fait forcément plaisir, surtout de la part d’entraîneurs, je ne fais pas très attention à ce qui peut se dire autour de moi. Je connais mon niveau et celui d’autres joueurs. Je ne m’enflamme pas. Je sais ce que je dois encore travailler et je n’ai pas la prétention de dire que je fais partie des meilleurs joueurs du monde. »
« Pour l’être, il y a tellement de paramètres qui entrent en jeu. Je préfère déjà me dire que je fais tout au quotidien pour essayer d’être la meilleure version de moi-même avant de me comparer aux autres. Honnêtement, je préfère cent fois gagner des titres collectifs que des récompenses individuelles. C’est beau de pouvoir partager ces moments avec ses coéquipiers », ajoute-t-il.
Plutôt discret dans les médias, Ramos préfère que son jeu parle pour lui. « Manu Urdampilleta, un des analystes vidéo, me disait que ça lui manquait qu’il n’y ait pas d’interviews sur moi… Il va être content quand il va lire la vôtre. Il faut savoir doser un peu ses prises de parole et les moments où on parle un peu trop. C’est bien de se faire un peu oublier et juste de se concentrer sur le terrain. »
« Plus on parle de toi, plus tu es attendu, plus tes adversaires t’analysent en profondeur. Je me suis récemment ouvert dans un documentaire (sur Canal+), chose que jamais je n’aurais cru faire. Mais je l’ai fait parce que je me sentais un peu plus légitime à 30 ans qu’il y a quelques années. Je sais aussi très bien que ça peut arriver de passer à côté d’un match. »
Confronté à la pression, l’ancien joueur de Toulouse avoue qu’elle le galvanise. « J’aime quand il y a de la pression. Ça me stimule. En tout cas, elle ne m’inhibe pas. Quand tu butes, tu n’as pas le choix de toute façon. Parfois, je préfère même être très attendu. Comme ça, je sais que je vais devoir faire un gros match et je ne pourrai pas passer à côté. »
Cependant, il regrette son début de saison mitigé avec le Stade Toulousain. « Pour être tout à fait honnête, je trouve que mon début de saison a été moyen, voire très moyen. Pas à la hauteur de ce que je voulais. J’ai mis deux trois mois à m’en sortir. C’est pour ça que je me pose un peu moins de questions maintenant. J’essaie d’être un peu plus dans le jeu, le moment, le mouvement, plutôt que dans l’analyse et dans l’attente de voir ce qui va se passer. »
« Ce que je tente aujourd’hui, ce sont des choses que j’ai toujours aimé faire à l’entraînement. En revanche, aujourd’hui j’ai plus de confiance pour le faire qu’il y a quelques années, notamment en équipe de France. Et je pense que le staff a aussi plus confiance en moi. Il est parfois moins étonné qu’avant que je fasse certaines choses », conclut-il, prêt à porter le XV de France vers de nouveaux sommets.







