Cinq jours après le dépôt de bilan inattendu du Niort Rugby Club, le manager sportif Damien Neveu reste sous le choc. Malgré une saison remarquable et une prometteuse septième place en Nationale, la décision brutale a plongé le club dans une crise sans précédent.
Arrivé en juillet dernier, Neveu exprime un sentiment profond de trahison. Il déclare dans Midi Olympique : « Il y a un mélange de beaucoup d’émotions et, pour l’instant, on a encore du mal à comprendre comment on a pu en arriver là. Comment, surtout, les dirigeants ont pu nous cacher l’ampleur des dégâts sans scrupule. »
Si rien ne laissait présager une telle désillusion, quelques signaux faibles avaient pourtant alerté. Il y a trois semaines, des retards de salaire sont apparus, semant le doute dans le vestiaire. Face à ces inquiétudes, la direction a choisi la dénégation. « Le président nous a démenti ces informations droit dans les yeux, en m’assurant que cette rumeur était vraiment infondée. Il nous a affirmé que le déploiement du projet club avait pris un peu de retard mais absolument pas l’exploitation », relate le manager.
Le choc a été d’autant plus brutal que la chute a suivi une victoire retentissante contre Massy, devant 4 000 supporters enthousiastes. Après avoir été écarté d’une réunion cruciale lundi, le staff a appris la décision mardi matin, devant des joueurs « K.-O. debout ». Damien Neveu ne cache pas son amertume : « Il y avait peut-être moyen de freiner avant de prendre le mur, là on est arrivé à 150 km/heure dans le mur ».
Au-delà de la déception sportive, c’est un drame humain qui se dessine. Neveu pointe la précarité des joueurs, souvent rémunérés au minimum fédéral, autour de 1 400 à 1 500 euros par mois. « Derrière cette annonce, il y a des vies qui ont basculé dans la précarité avec des gamins qui vont peut-être se retrouver sans logement car nous sommes en cessation de paiement », alerte-t-il, qualifiant cette situation de « drame social ».
Le manager dénonce aussi l’indifférence du milieu autour de ce naufrage : « J’ai du mal à comprendre qu’il n’y ait même pas, à un moment donné, une pensée sur les potentielles 60 personnes de notre club, comme peut-être 60 à Tarbes, qui, eux, se retrouvent dans une situation de précarité extrême », déplore-t-il.
Alors que le tribunal de commerce doit statuer sur l’avenir du club, les options de reprise apparaissent illusoires. « Monter un projet en une semaine, ça me paraît utopique, quasi impossible », reconnaît Neveu. S’il y avait un financement miracle, il se dit prêt à consulter ses joueurs pour achever les quatre derniers matchs, afin de finir « sur une note de sport ».
Pour l’instant, l’heure est à la reconstruction personnelle. « Au-delà de la déception sportive, il y a une vraie blessure. Quand on donne sans compter pour être à la hauteur de la mission qu’on nous confie, et qu’elle se termine comme ça, alors que je pense que nous, on a été professionnels et à la hauteur de l’enjeu, on se sent profondément blessé », confie Damien Neveu, qui envisage aujourd’hui de revoir ses engagements dans un milieu qu’il perçoit désormais déconnecté de ses valeurs.







