La lourde défaite du XV de France en Écosse (40-50) samedi dernier marque un tournant inquiétant sous l’ère Fabien Galthié. Plus que le score, c’est la façon dont les Bleus se sont effondrés après la pause qui soulève des interrogations. Pour la première fois, l’équipe a paru dépassée, fragilisée et incapable de réagir face à l’adversité.
À la mi-temps, rien ne laissait présager un tel scénario. Les Bleus étaient encore dans le coup, menés seulement de cinq points (19-14), ce qui laissait le staff optimiste. « Il faut qu’on inverse le scénario », lançait d’ailleurs Fabien Galthié au micro de TF1.
Mais la seconde période s’est transformée en cauchemar. Les erreurs individuelles se sont accumulées : une sortie de camp trop courte d’Antoine Dupont, un mauvais placement de Lenni Nouchi ouvrant la voie à Ben White, ou encore la passivité de Yoram Moefana sur un franchissement de Darcy Graham. L’arbitre Angus Gardner a pointé du doigt les « fautes stupides » qui symbolisaient cette perte de maîtrise tricolore.
Pour Jean-Baptiste Élissalde, consultant et ancien international, cet effondrement s’explique avant tout par un facteur psychologique : « J’y vois essentiellement un enchaînement d’erreurs individuelles, comme si une contagion négative s’était emparée des Français, menés pour la première fois au score dans ce Tournoi et de plus en plus agacés et vexés au fil des minutes. »
Cette spirale a fini par toucher l’ensemble du groupe : « Chaque joueur fait son erreur, par générosité, ou envie de sauver la patrie, ou pour rattraper l’erreur d’un autre. Et quand la gangrène prend… », ajoute Élissalde.
Un constat partagé par l’arrière Thomas Ramos, qui regrettait à chaud ce déficit de contrôle : « Le match nous échappe au fur et à mesure de la seconde période parce qu’on n’arrive pas à arrêter le momentum des Écossais. Quand on prend des essais, il faut être lucide, se dire ‘les gars, on calme, on fait attention à la discipline, on retourne chez eux et on essaie de remettre la main sur le ballon.’ C’est ce qu’on n’a pas su faire samedi. »
Dans ce naufrage collectif, même Antoine Dupont, habituel maître à jouer et capitaine, a paru dépassé. Gaël Fickou l’avait pourtant souligné récemment dans le podcast Rugby Confidential : « Dupont, c’est un ‘game-changer’. Quand il est là, il y a beaucoup de choses qui changent. On l’a vu contre l’Italie (33-8), sur un match où c’est difficile au début, où tu restes dans le coup grâce à lui, et où tu arrives même à prendre un écart. S’il n’est pas là, ce n’est pas le même match. »
À Édimbourg, le numéro 9 a semblé impuissant face à la furia écossaise, insuffisant pour redonner confiance à ses coéquipiers.
Cette déconvenue doit-elle pour autant inquiéter à quelques jours de l’affrontement décisif face à l’Angleterre ? Jean-Baptiste Élissalde invite à la prudence et relativise : « Hormis l’Afrique du Sud, qui a des joueurs dominants avec un grand vécu commun, toutes les nations actuelles peuvent connaître un passage à vide comme ça, y compris la Nouvelle-Zélande, qui a pris quatre essais dans les vingt dernières minutes face aux Boks cet été. Quand une équipe lâche, le score gonfle très, très rapidement. »
Reste désormais à voir si le XV de France saura rebondir samedi prochain, au Stade de France, et prouver que cet épisode écossais n’était qu’un accident de parcours.







