Le deuxième ligne international français Thibaud Flament s’est livré dans les colonnes du *Parisien* avant d’affronter l’Angleterre ce samedi au Stade de France. Le joueur toulousain revient sur son approche mentale et ses méthodes pour rester performant.
« Je n’ai pas vraiment de superstition. Je fais partie de ceux qui se préparent en dernier. J’aime bien écouter ma musique, être un peu sur le téléphone, penser un peu à autre chose. Quand je commence à me changer, c’est là où je rentre dedans. Parfois, je peux écrire ce que je ressens dans un cahier. Ça m’arrive la veille de la rencontre, ou le matin à l’hôtel », explique-t-il, précisant toutefois qu’il ne pratique plus beaucoup l’écriture en ce moment.
« Pas trop. Quand tout va bien, je sens que je n’ai pas besoin de le faire et disons… Flemme quoi (sourire). Dans ces cas-là, je le vois plus comme une corvée. D’autres fois, je sens que j’ai plein de choses dans la tête autour du rugby ou de la vie en dehors, et ça, j’essaie de clarifier les choses. Écrire, ça me fait du bien, parce que ça permet de dire vraiment : Voilà, il se passe ça, et toi, tu penses ça. Je le range dans mon cahier, et ça me permet d’être clair dans la tête et d’être à 100 % sur le match. »
Le rugby à haut niveau nécessite pour lui une attention constante, surtout sur l’aspect physique et mental. « Bien penser à sa récupération, à ce que je mangeais, faire attention à mon sommeil. Et ça, je l’avais quand j’étais en Argentine » où il a passé une saison amateur en 2017-2018. Cette période lui a permis de mieux se connaître et de travailler sur sa personnalité : « J’avais dissocié cette partie de moi dans mes cahiers en Argentine. Je l’avais appelée Bob. J’écrivais : quand Thibaud se sera libéré de Bob, il pourra être là où il voudra parce qu’il aura les outils pour aller loin. »
Autre fois très introverti avant les matchs, il raconte : « J’étais hyperconcentré. Je me mettais dans un rôle. Et à côté de ça, j’avais des mecs hyperdétendus à côté de moi dans le vestiaire qui avaient l’air de se régaler, et qui faisaient parfois des meilleurs matchs que moi. Je me suis dit que je voulais en faire mon métier, mais que je m’imposais des moments pas très fun en fait. Donc j’écrivais ce que je devais changer. »
Arrivé à Toulouse en 2020, Flament a suivi un accompagnement en préparation mentale, qui s’est renforcé après plusieurs commotions cérébrales en 2023. « Je la vois encore, ça m’aide beaucoup. Ça m’aide à être bien sur le terrain, mais aussi dans ma vie », confie-t-il.
Ces blessures répétées l’ont contraint à modifier son approche du jeu : « On avait vu que sur les trois dernières que j’avais faites, je m’abandonnais dans le plaquage, je ne me protégeais plus, je m’engageais sans technique ni sens. On a changé ça, on a travaillé sur le risque que ça implique d’aller tout droit tête baissée par rapport à une action, une mi-temps, un match, une carrière. Quand tu mets en perspective, tu te dis : bon, ça vaut peut-être le coup de bien s’y prendre. Ça ne veut pas dire d’y aller moins fort, mais plutôt de bien se protéger pour rester efficace. »
Peu stressé, Flament ne se laisse pas envahir par la pression : « J’ai de la chance, je ne me suis jamais retrouvé à être stressé à n’en pas dormir la veille ou à en vomir avant le match, comme ça peut arriver à certains. J’ai un peu de stress, mais ça ne me pollue pas. Le rugby ? Je le vois encore comme une passion. J’aime le rugby et l’univers dans lequel j’évolue. Mais je sais aussi que l’énergie que je mets va nous aider à vivre toute notre vie et à préparer les choses pour la suite. Ça n’est pas la récré quoi. Je kiffe, mais je fais ça aussi pour ma famille. »
Enfin, il jure ne jamais avoir peur sur le terrain : « Jamais peur moi ! Non, mais disons que quand tu vois un mec super costaud qui te fonce dessus, tu te dis : bon ben, il faut y aller. Tu n’as pas envie de passer pour celui qui s’échappe. Donc tu y vas quand même, même si tu peux avoir de l’appréhension. »
Thibaud Flament démontre ainsi la maturité d’un joueur conscient des exigences physiques et mentales du rugby international, tout en cultivant un équilibre personnel essentiel à sa réussite.







