Le XV de France conserve son titre, mais les doutes subsistent
Le XV de France a remporté un Crunch d’anthologie face à l’Angleterre (48-46), conservant ainsi son titre européen dans un match spectaculaire. Pourtant, derrière la liesse populaire, les experts restent prudents.
Jean-Baptiste Élissalde, ancien demi de mêlée et double vainqueur du Tournoi des Six Nations (2004, 2006), livre une analyse sans concession de la prestation des hommes de Fabien Galthié. Dans un entretien accordé à L’Équipe, il laisse transparaître toute la dualité de son regard : un passionné enchanté par le spectacle, un technicien inquiet face aux failles tactiques.
Un spectacle « complètement irrationnel »
« Le passionné de rugby que je suis s’est régalé. Quand tu regardes des matches comme celui-là, tu ne peux que passer un bon moment sur ton canapé. C’était complètement irrationnel. On passe du tout au tout. Une équipe est menée largement puis elle revient. Et inversement », confie Élissalde. Selon lui, le public a été offert un show exceptionnel, mêlant intensité, engagement et rebondissements haletants.
Il souligne aussi la performance individuelle remarquable de joueurs comme « Bielle-Biarrey, un extraterrestre qui est en train d’exploser tous les records », ainsi que le sang-froid de Thomas Ramos.
Le constat sévère du technicien
Mais derrière cette euphorie, le regard expert se fait critique. Jean-Baptiste Élissalde pointe des lacunes structurelles majeures qui pourraient compromettre les ambitions françaises sur la scène mondiale.
Avec 96 points encaissés en seulement deux rencontres, il juge la défense « poreuse » : « C’était trop simple pour les Anglais de marquer et on avait l’impression que ça ne s’arrêtait jamais. » Il dénonce des « déconnexions flagrantes », notamment les centres français « qui se sont retrouvés du même côté » et n’étaient « pas connectés », face à une équipe adverse habile à exploiter ces brèches, avec « même Julien Marchand et Demba Bamba en position de deuxième centre ».
Le problème s’étend également à la conquête et au jeu au sol. Élissalde déplore les « difficultés de la conquête en mêlée » et « le manque d’agressivité dans les rucks » : « En n’attaquant pas les rucks, ça laisse beaucoup de momentum à l’équipe adverse et les Français sont souvent sur les talons. »
Sur ce constat, l’ancien international ne cache pas son pessimisme quant à l’objectif suprême de ses compatriotes : « Avec une telle défense, c’est difficile de dire qu’on veut être champions du monde. Ce n’est pas possible d’encaisser autant de points. »
Le caractère comme planche de salut
Malgré ses critiques, Élissalde reconnaît une force morale exceptionnelle à cette équipe, la qualifiant de « championne d’Europe ». Pour lui, c’est ce caractère, cette capacité à revenir dans la dernière minute du match, qui a fait la différence : « Elle trouve aussi du caractère avec cette fin de match gagnée à la dernière seconde. Ça, c’est positif. Malgré des moments durs et tous ces points encaissés, l’équipe est parvenue à revenir à chaque fois grâce à des fulgurances. »
En conclusion, si le XV de France domine une nouvelle fois le continent, il devra impérativement renforcer sa défense et remédier à ses faiblesses structurelles s’il veut prétendre à la conquête du titre mondial.






