Quatre ans après l’assassinat de Federico Martín Aramburú, la version d’une simple rixe nocturne s’effondre. Les nouvelles preuves issues de la vidéosurveillance et de témoignages inédits révèlent une expédition punitive préméditée orchestrée par deux militants d’extrême droite dans les rues de Paris.
Le journal Sud-Ouest apporte des détails cruciaux sur cette affaire, bousculant l’image d’un accident tragique.
### Un acharnement au-delà d’une bagarre de bar
Tout débute devant le bar Le Mabillon, sur le boulevard Saint-Germain. Si l’altercation éclate sur place, l’attitude de Loïk Le Priol choque les témoins par sa violence verbale et sa détermination. Mathilde, une riveraine, rapporte : « Mon attention a particulièrement été attirée par l’un des protagonistes qui semblait vraiment déterminé. Il hurlait et insultait un seul individu. »
Elle précise avoir entendu plus d’une quinzaine de fois l’insulte « pute » accompagnée de menaces explicites : « ta mère la pute, je vais te retrouver ». Malgré l’intervention des vigiles, Le Priol reste menaçant, allant jusqu’à exhiber un brassard de police et manipuler le barillet de son arme devant un agent de sécurité pour intimider. Sa rage est froide et calculée : « Pourquoi vous les avez laissés partir, on voulait les niquer », lance-t-il aux employés du bar alors que les deux rugbymen ont déjà quitté les lieux en taxi.
### Une traque méthodique digne d’un « commando »
S’en suit une traque qui n’a plus rien d’un simple différend. Après une brève concertation de quatre minutes, Le Priol entame la poursuite d’Aramburú et de son ami Shaun Hegarty. Capté par les caméras, son comportement trahit son passé militaire : « Tel un commando, arme à la ceinture, l’ancien militaire arrête sa course à chaque intersection du boulevard Saint-Germain pour regarder discrètement dans la rue, avant de repartir en courant. »
Pendant ce temps, Romain Bouvier patrouille en voiture avec Lyson Rochemir, compagne de Le Priol. Ils finissent par intercepter les deux sportifs à la sortie d’un hôtel où ils étaient venus chercher des glaçons pour soigner leurs blessures.
### Deux tireurs, six balles, une exécution
Le drame se déroule en deux temps, avec une violence inouïe :
1. **Le premier assaut :** Romain Bouvier descend de la Jeep et fait face à Aramburú. À seulement quatre mètres, il tire avec un pistolet de type poivrière, touchant « Fede » au flanc et à la cuisse.
2. **L’assaut final :** Alerté par les détonations, Le Priol intervient. Après un corps-à-corps au sol, et malgré la tentative d’interposition de Shaun Hegarty, il sort son Colt New Pocket et tire six fois.
Face aux juges, les deux tireurs minimisent leur responsabilité : Bouvier affirme avoir voulu « viser le sol » par peur, tandis que Le Priol invoque un « réflexe » lié à un stress post-traumatique.
### « Ce n’est pas une simple bagarre qui a mal tourné »
Pour les parties civiles, ces faits démontrent une préméditation manifeste. Maître Yann Le Bras, avocat de la famille Aramburú, insiste sur la particularité de cette traque : « Là, il y a eu une concertation entre les tireurs, puis une chasse à l’homme. C’est rare. C’est aussi très rare d’avoir deux armes et deux tireurs qui vident leur chargeur à bout portant. »
De son côté, l’avocat de Shaun Hegarty, Me Christophe Cariou-Martin, souligne : « Le fait que Federico et Shaun soient partis après la bagarre aurait normalement dû apaiser les tensions. »
Au lieu de calmer les esprits, cette fuite n’a fait qu’enclencher une poursuite implacable, transformant une altercation nocturne en un meurtre qui sera jugé aux assises du 7 au 25 septembre prochains.







