Sacré champion d’Europe après un final haletant face à l’Angleterre (48-46), le XV de France savoure son sacre, mais ne se repose pas sur ses lauriers. Fabien Galthié, invité du Super Moscato Show sur RMC, a livré un bilan lucide de son équipe et lancé un message clair sur la concurrence au poste d’ouvreur.
### Une attaque flamboyante, une défense à consolider
Si l’attaque tricolore a brillé, le sélectionneur pointe du doigt les marges de progression, notamment en défense. Selon lui, l’évolution rapide des règles du jeu impose une adaptation constante.
« L’arbitrage et les règles font que vous pouvez mettre 21-0 à vos adversaires, mais aussi prendre la même chose dans la foulée. Ça va très vite. Il y a des temps forts et des temps faibles. Aujourd’hui, il y a trois règles principales à respecter pour être compétitifs : il faut l’espace, la ligne de hors-jeu est de plus en plus exigeante, il faut de la vitesse et enfin, il faut de la sécurité, à savoir baisser la hauteur de nos plaquages. On construit donc une stratégie en fonction des règles. Mais l’objectif reste de gagner. Moi, je veux gagner. Dans un match, nous jouons une dizaine de mêlées, environ 25 touches et environ 50 jeux de dépossession et de repossession. »
Le coach assume également un déséquilibre, conséquence d’un jeu toujours plus offensif : « Aujourd’hui, le jeu commence par le K.-O. Il y a des ballons libres partout, ce qui crée des offensives et qui expliquent ces scores phénoménaux. Sur le Tournoi, nous sommes la meilleure attaque avec près de 40 points de moyenne et 30 essais inscrits. Les seconds sont à 30 points de moyenne. Sur la défense, nous sommes la 3e du Tournoi avec 26 points de moyenne encaissés. L’Irlande, la meilleure dans ce domaine est à 21 points. Il faut améliorer notre défense pour gagner plus facilement. Je suis d’accord avec les critiques, mais nous avons gagné. C’est dur de gagner et même de regagner. Donc nous faisons mieux que le mandat précédent. Nous avons progressé en attaque, mais ça nous a coûté défensivement avec 3 interceptions. »
### La mêlée, un chantier collectif
Face aux reproches sur la mêlée fermée, Galthié refuse de pointer du doigt uniquement ses piliers et évoque un problème d’organisation globale.
« Il y a là aussi une évolution de la règle. Les mêlées ne se jouent pas comme avant. On doit travailler pour trouver un nouveau process. Ça se passe peut-être sur le back-five (4, 5, 6, 7, 8), ça se passe plus après l’impact qu’avant. Mais vous ne cherchez que les problèmes, je vous rappelle qu’on a gagné la compétition. La mêlée n’est pas un problème de piliers. On a des piliers, des joueurs pour jouer à ce niveau. C’est plus un problème collectif et de procédure. Est-ce qu’on sera champion du monde sans une mêlée dominante ? Je dirais non. Là on a gagné la compétition, mais si on veut exister, il faudra une mêlée. »
### Jalibert-Ntamack : un appel à la paix médiatique
Le sélectionneur a notamment mis fin au débat médiatique qui oppose Matthieu Jalibert et Romain Ntamack, insistant sur leur complémentarité et leur importance pour l’équipe.
« Individuellement, les cinq meilleurs joueurs du Tournoi sont Jean-Baptiste Gros, Oscar Jégou et Théo Attissogbe qui sont de vraies révélations. Il y a Matthieu Jalibert qui est une confirmation. Sans oublier enfin la solidité de Thomas Ramos. Voilà les joueurs du Tournoi. Pour revenir à Jalibert, c’était important qu’il gagne avec nous. Il a remporté un titre avec nous. Romain (Ntamack) en a gagné deux. Vous allez vous régaler pendant deux ans. Ce sont deux super mecs, mais ils ont le malheur d’être opposés par les médias. Avant de polémiquer, respectez-les ! Respectez leur talent, prenez soin d’eux. Ils vont tout donner et nous aurons besoin des deux. On a gagné avec l’un et l’autre. Matthieu doit ses performances à lui. Il faut souligner le travail de Patrick Arlettaz. Matthieu avait besoin de jouer avec Antoine (Dupont) et Thomas (Ramos) car nous jouons avec deux numéros 10. Je le répète, on a besoin des deux. Souvenez-vous en 2023, Romain était blessé et c’est Matthieu qui a joué la Coupe du monde. Ce qui est important, c’est que les deux ont gagné des compétitions. Ils sont légitimes. Et Matthieu est légitime dans le groupe. »
Une mise au point salutaire pour une France qui vise désormais le titre mondial, forte de ses certitudes, mais consciente des axes de travail.







