Le rugby français chancelle en Nationale. Après les récents forfaits de Niort et Tarbes, qui jettent une ombre inquiétante sur la Troisième Division, Didier Casadeï, manager de Périgueux, brise le silence. En cinquième position du championnat, il dresse un constat sans concession : un système épuisé, où l’humain est sacrifié au nom d’une économie fragile.
### Un modèle qui « fabrique » de la précarité
Derrière l’éclat du Top 14, la réalité de la Nationale est beaucoup plus dure. Pour Casadeï, les dépôts de bilan récents ne sont pas de simples accidents mais le signe d’un modèle de formation défaillant, devenu « une machine à broyer les rêves ».
Dans une interview accordée à L’Équipe, l’ancien coach de l’élite pointe l’engorgement des centres de formation et l’absurdité du système :
« Aujourd’hui, il doit y avoir une douzaine de jeunes qui ont fini leur formation à 21-22 ans. Ça fait près de 400 mecs, mais je pense qu’il y a de la place pour seulement 100 d’entre eux. C’est-à-dire qu’on forme des joueurs à être chômeurs à 23 ans », déplore-t-il.
Pour ces jeunes, la voie vers le professionnalisme rime souvent avec précarité : « Pour un jeune, est-ce que ça vaut le coup de prendre le risque de te retrouver joueur professionnel au SMIC en Nationale ou en Nationale 2 ? »
### Des joueurs « pris en otage » à 2 000 euros par mois
L’angoisse principale de Casadeï est sociale. Loin des salaires astronomiques de l’élite, les joueurs de Nationale survivent avec des revenus modestes et se retrouvent parfois sans ressources du jour au lendemain, quand leurs clubs font faillite.
« Ce qui me désole, c’est la situation des joueurs, qui ne gagnent pas des mille et des cents. Ils sont pros à 2 000 balles par mois. Les mecs n’ont plus de quoi payer leur logement, plus de quoi bouffer… Ils sont pris en otage au dernier moment, on leur dit : « Tu n’es plus payé, tu te démerdes. » »
Face à cette détresse, Casadeï appelle à une refonte complète du modèle économique pour protéger ces sportifs trop souvent oubliés.
### La Nationale, un championnat « sous-estimé » par l’élite
Au-delà de la crise financière, le manager dénonce un manque criant de reconnaissance pour le niveau de jeu proposé en Troisième Division. Selon lui, le fossé entre les centres de formation du Top 14 et la Nationale est largement exagéré par ceux qui ne s’y confrontent jamais.
« Le Championnat est d’un excellent niveau. Il est énormément sous-médiatisé, sous-estimé », martèle Casadeï. Il n’hésite pas à pointer l’arrogance de certains clubs professionnels : « On ment aux joueurs qui sont dans ces clubs, en leur laissant penser que le niveau de la Nationale est un peu inférieur au leur. Alors que la plupart des joueurs de centres de formation n’auraient pas leur place en Nationale. »
### Équité sportive : « Arrêter de pleurer »
Enfin, confronté aux polémiques déclenchées par les victoires sur tapis vert occasionnées par les forfaits, Casadeï refuse de se laisser entraîner dans des débats stériles. Ayant lui-même subi ces décisions, il invite ses homologues à dépasser leurs intérêts personnels.
« Tout le monde réagit malheureusement par rapport à sa petite situation personnelle », regrette-t-il, en rappelant que Périgueux avait manqué une qualification pour seulement deux points il y a deux ans sans créer de « grands pataquès dans la presse ».
Pour lui, le véritable enjeu est ailleurs : « Honnêtement, je préférerais être 10e au classement et que tous les clubs aient des finances florissantes. »
Le cri d’alarme de Didier Casadeï révèle un rugby français en souffrance, où le modèle économique et social implose, menaçant l’avenir d’une génération de joueurs prometteurs.







