Depuis le 1er janvier 2026, le carton orange, ce « rouge de 20 minutes » supposé révolutionner le rugby français, a disparu des terrains professionnels. Cette sanction intermédiaire, imaginée pour offrir une alternative entre le carton jaune et le carton rouge, s’est transformée en véritable fantôme du Top 14 et de la Pro D2.
Les chiffres sont sans appel. Lors de la réunion du 13 mars réunissant officiels et staffs, il a été révélé que sur les 224 exclusions infligées cette saison dans le championnat d’élite, seules six étaient des cartons orange, soit 2,6 % du total. Pire encore, le dernier carton orange en Top 14 remonte au 25 octobre dernier, tandis qu’en Pro D2, les arbitres n’ont plus utilisé cette sanction depuis le 12 décembre.
Ce désaveu s’explique en partie par la position du directeur de l’arbitrage français, Mathieu Raynal, qui avoue n’avoir « jamais été convaincu par l’utilisation du carton de vingt minutes ». Dans une interview à Midi Olympique, il se montre critique envers la directive de World Rugby qui réserve le carton rouge définitif aux gestes « hautement dangereux » comme les morsures ou les coups de poing, ce qui « remet en question » la « sécurité des joueurs », « pilier fondamental et non négociable » de la discipline.
« Notre parti pris fut de l’utiliser que quand il y avait un doute qui peut diviser l’opinion publique », précise-t-il, soulignant que cette situation ne concernerait qu’une quinzaine de cas sur 450 matchs par saison. Une rareté qui fragilise l’intégration de ce carton dans le rythme effréné des rencontres.
Sur le papier, le carton orange devait permettre de sanctionner une faute grave sans déséquilibrer le match sur une exclusion définitive. Un concept séduisant auquel adhèrent certains managers, mais qui se heurte à la complexité et à la subjectivité du rugby contemporain.
Sous couvert d’anonymat, un manager majeur du Top 14 explique dans Midi Olympique : « D’un point de vue philosophique, ce carton orange est une bonne chose […] Le problème, c’est que ça n’a pas empêché les cas litigieux, tellement le rugby est complexe. Alors, comme il y a toujours une place pour la subjectivité, je comprends que les arbitres préfèrent rester sur les sanctions « classiques ». Cela illustre toute la différence entre la théorie et la pratique. »
À cela s’ajoute un constat inquiétant sur le plan sportif : cette saison, 46 % des équipes ayant reçu un carton rouge définitif ont malgré tout gagné leur match, remettant en cause la logique même d’une exclusion temporaire censée préserver l’équité.
Face à ces éléments, le carton orange semble condamné à l’oubli, victime d’un système difficile à appliquer et d’une volonté insuffisante pour lui donner un réel avenir.







