Le demi de mêlée Baptiste Germain quittera l’Aviron Bayonnais à l’issue de la saison en cours pour rejoindre Clermont.
Interrogé par *Sud-Ouest*, le joueur numéro 9 affirme vouloir tout donner jusqu’au bout afin de « sauver son honneur ». « Tu es la vitrine de toi-même. Mon défi personnel, il est là. Je n’ai pas eu de longs moments où j’ai été titulaire. En Top 14, parce que l’année à Biarritz (Pro D2, 2022-2023), je suis titulaire tout le temps en 10. Maintenant que j’arrive à m’imposer et enfin commencer les matchs, je veux juste profiter de ça. Me dire : Est-ce qu’aujourd’hui, t’as les épaules ? Est-ce que t’es prêt ? Est-ce que, physiquement, t’arrives à enchaîner les matchs ? » ajoute-t-il.
Face aux difficultés collectives, Germain espère contribuer à inverser la tendance : « Et mes bonnes prestations, je veux surtout les mettre au service du collectif et qu’on arrive à redresser la barre au classement. Ce n‘est pas tout le temps que ça se passe bien dans une carrière. Quand c’est le cas, il faut en profiter. »
Sous contrat avec Bayonne jusqu’en 2027, le joueur a finalement choisi de partir dès cet été. Il explique : « On m’annonce que je dois partir alors qu’il me restait un an de contrat. Ça se passait enfin bien, donc dans ma tête, il n’y avait pas de sujet par rapport à ça. La saison passée, à ce poste clef, Grégory Patat me met directement titulaire pour les deux premiers matchs, parce que j’avais fait de très bonnes prestations en matches amicaux. On prend une branlée à Pau sur le deuxième (51-29). À partir de là, je suis sorti du groupe. J’ai un peu payé, peut-être plus que les autres, le fait qu’on n’était pas encore rodés sur les trois, quatre premiers matches. D’autres recrues ont continué à jouer. »
Concurrencer un cadre comme Guillaume Rouet s’est avéré un défi de taille. Germain confie : « Guillaume Rouet, dont on ne savait pas encore que c’était sa dernière année, avait une expérience collective naturelle du club, de ce terrain, de tout. Il faisait des super performances. Et il était un personnage important du vestiaire. Beaucoup de mecs sont passés à côté de lui et au final, il a toujours fini titulaire. C’est un mec qui a une aura. Pour les recrues, à côté, ce n’est pas facile de s’imposer. »
Sans remettre en cause la personnalité de Rouet, il souligne la difficulté de s’imposer dans ces conditions : « Je ne veux pas dire qu’il met des bâtons dans les roues ou qu’il n’est pas agréable avec les mecs. Pas du tout. Mais il a un truc naturel, le public avec lui. Toi, à côté, indirectement, tu as la sensation, pas d’être inférieur, mais… c’est compliqué. Malgré une très bonne entrée en jeu à Bordeaux et un très bon match à Lyon, je n’ai joué que cinq minutes contre Toulouse et j’ai été abonné à la Challenge Cup. Peu importent les matches que j’avais pu faire, et malgré mes demandes d’enchaîner trois, quatre matches, rien ne changeait. »
Malgré ses efforts, la frustration a grandi. « J’avais pourtant l’impression d’être performant. Et même en Challenge Cup, on me sortait à la 50e. Derrière, je me suis un peu frustré. J’ai essayé de forcer les portes, de m’imposer d’une manière pas naturelle. J’essayais d’un peu gueuler sur les mecs mais ils se disent que tu n’es pas légitime parce que tu ne joues pas, et c‘est normal. »
Au-delà du terrain, la situation sociale au sein du groupe lui a pesé : « Quand les mecs gagnent, sortent pour faire la bringue et que tu es 24e pour la quatrième fois d’affilée, tu n’as pas spécialement envie d’y aller. Tu as envie de rentrer chez toi. Tu as juste envie que la saison se finisse pour passer à autre chose. Et quand les mecs se disent que Germain n’est pas trop là pour les soirées, ce n’est pas optimal pour s’intégrer. J’en suis responsable. »
Pour surmonter cette période, Germain s’est entouré de professionnels : « Tu vois des psys, des prépas mentaux, bien sûr. Tu t’entoures. J’ai fait des séances de méditation, du travail sur moi-même. Et les vacances m’ont fait énormément de bien. »
C’est au mois de septembre que la situation s’est clarifiée. « J’ai senti un mauvais signal après Toulon (35-32, le 28 septembre 2025), où je ne rentre pas en jeu. Je me suis rapproché de mon agent, qui a pris contact avec la direction. Pendant la semaine de Toulouse (5 octobre), j’apprends que le club n’est pas contre me lâcher en fin de saison si une opportunité se présente. »
Un échange avec le président Philippe Tayeb a conforté sa décision : « Philippe me dit : “Moi, j’apprécie le joueur que tu es mais le sportif ne compte pas plus que ça sur toi. Je me suis déjà mis en opposition avec le sportif sur certains joueurs mais si tu ne joues pas, tu m’en voudras. Tu as le vent en poupe, si tu as des opportunités, fonce.” Et Clermont s’est positionné avec un contrat de trois ans (2 + 1). J’avais un bon feeling avec Christophe (Urios), que j’ai eu à Bordeaux. »
Cependant, c’est le manager Grégory Patat qui l’a clairement fait comprendre : « J’attendais qu’il vienne me voir. Il était le manager, celui qui faisait les compos, le principal concerné. Au retour des vacances, il m’a dit qu’il comptait beaucoup sur Baptiste Tilloles en numéro 3 dans la hiérarchie, qu’il y avait des joueurs sous contrat l’année prochaine (Léo Coly et Herschel Jantjies). Il avait peut-être complètement zappé que j’étais sous contrat également… Il m’a dit : “Il faut que tu sois dans un club où tu es numéro 1 bis. Il faut que tu joues. Je ne peux pas te le garantir l’année prochaine.” Alors que j’étais son titulaire tous les week-ends… »
Malgré tout, Germain ne nourrit aucun ressentiment personnel : « Qu’est-ce que tu veux lui en vouloir ? Le mec, si tu n’es pas dans son projet, tu n’es pas dans son projet. Mais je ne comprends pas. J‘étais dégoûté parce que j’avais encore la sensation qu’on me coupait encore l’herbe sous le pied. C’est quand ça commence à décoller qu’il faut que j’aille dans un autre club pour tout recommencer à zéro. »
Le directeur sportif Laurent Travers, quant à lui, n’était pas forcément favorable à son départ, mais la décision revenait à Patat : « Laurent (Travers) voulait prendre le temps de trancher, vu mes performances. Mais on lui a répondu que la décision était prise par Greg. Et Philippe m’a dit : “Ce n’est pas moi qui ai fait ce choix. Moi, je l’applique.” »
Malgré une tentative du club de freiner son transfert vers Clermont, Baptiste Germain assume pleinement son choix : « Bayonne pouvait encore dire non mais moi, j’avais donné ma parole. Et je serai investi à 3 000 % dans le projet à Clermont. Le coach ne voulait plus de moi alors que j’étais très heureux ici. Je n’allais pas rester. Je ne suis pas un yo-yo. »







