Le malaise grandissant au sein des staffs du Top 14 trouve enfin une voix majeure. Dans un entretien exclusif accordé à l’AFP, Laurent Labit, manager de l’USAP, alerte sur la pression écrasante qui pèse sur les entraîneurs modernes.
Touché de près par le “dérapage” vécu par son collègue toulonnais Pierre Mignoni, Labit dénonce un système “à bout de souffle”. Il confie ainsi son ressenti sur l’état de santé mentale des coachs de rugby, insistant sur la complexité de concilier vie professionnelle intense et vie personnelle :
« On le vit comme les collègues, c’est sûr qu’il faut en être conscient. On a tous des caractères et des personnalités différentes et on est aussi impactés par ce qui nous arrive dans nos vies professionnelles, mais qui peuvent aussi des fois être aussi un sujet avec nos vies personnelles qui viennent se rajouter. Tout ça, il faut arriver à le gérer. »
Pour traverser ces périodes difficiles, Laurent Labit mise sur plusieurs stratégies, allant du soutien familial à l’accompagnement professionnel :
« On peut le gérer bien sûr seul, on peut le gérer avec notre entourage aussi, qui est très important. Notamment pour moi, ma femme par exemple, on est marié depuis très longtemps. Même si on est dans le rugby depuis longtemps, le rugby c’est pas son truc. Donc elle a toujours un avis vraiment neutre, qui m’aide sur les situations ou les décisions qui sont un peu lourdes. Et ensuite, on peut aussi se faire aider ou se faire accompagner par des personnes extérieures et des personnes dont c’est le métier. Pour ma part, j’aime bien aussi m’accorder des sas, pas forcément de liberté, mais avec les présidents, avec les gens du club, d’éviter de répondre au téléphone, d’éviter d’habituer aussi les gens autour de nous. Il y a des moments où on peut s’appeler, des moments où on peut travailler, des moments où on doit aussi faire autre chose, et c’est pas pour ça qu’on ne travaille pas, mais sinon tout devient urgent et tout est important, et au bout d’un moment, on explose. »
Son analyse sur Pierre Mignoni témoigne d’une connaissance approfondie du métier et de ses exigences :
« Non, pas du tout, parce que je connais quand même assez bien Pierrot, et je sais qu’il a une personnalité, il a justement une façon de faire, une exigence, un professionnalisme qui font qu’il passe beaucoup de temps (au travail). Et puis surtout, pour Pierre, comme c’était le cas par exemple de Franck (Azéma, son prédécesseur à l’Usap), que j’ai remplacé ici à Perpignan, c’est encore plus dur pour eux parce que tu reviens chez toi, et il y a tout qui se mélange. Il y a l’environnement, c’est ton club, c’est ta maison, donc les choses, tu les prends encore plus à cœur que si c’était un autre club. Pierrot aussi est revenu à Toulon, il est chez lui, donc ça le ronge encore plus que si c’était un autre endroit. »
Laurent Labit rappelle également l’importance cruciale de la santé mentale dans le rugby, en insistant sur la nécessité d’une attention constante, qu’on soit dans le succès ou dans la difficulté :
« Bien sûr, la santé mentale, dans tous les domaines, c’est très important, on s’y attarde souvent quand ça ne va pas. Mais à l’inverse, la santé mentale, c’est quand tu as gagné aussi. Celle-là, elle fait du bien, mais tu t’enflammes, et à la sortie, tu as du mal à regagner. La remise en question est valable dans les deux sens. Elle fait plus mal, bien sûr, quand ça ne marche pas et quand tu perds, mais c’est quelque chose qui doit être très important. »
Enfin, il admet avoir lui-même frôlé le burn-out lors de son passage au Stade Français, entre 2023 et 2025 :
« J’aurais pu, je pense, le rencontrer, avec mon expérience au Stade français (2023-2025), par exemple. J’ai bien vu au bout de quelques mois que ce n’était pas en adéquation avec ma façon de fonctionner, ma façon de penser, les valeurs… J’aurais pu m’en rendre malade, donc j’ai demandé d’arrêter, ce que le club a accepté. Donc je m’en suis sorti, mais j’aurais pu aussi finir, bien sûr, comme Pierrot (Mignoni) à Paris. »
Ce témoignage poignant souligne l’urgence de repenser les conditions de travail des entraîneurs, souvent en proie à une pression insoutenable, au risque de voir leur santé mentale profondément affectée.







