Pour la première fois depuis son départ de l’Aviron Bayonnais, Grégory Patat s’est confié à Midi Olympique, offrant un éclairage rare sur le métier de manager sportif en Top 14, un rôle à la fois exigeant et en constante évolution.
« Le Top 14 est une machine à laver, parce que c’est, à mon sens, le championnat le plus dur au monde », affirme Patat. Il rappelle la complexité des réglementations auxquelles doit se conformer l’entraîneur, notamment les règles liées aux JIFF (Joueurs Issus des Filières de Formation) et au salary cap. « Il y a déjà beaucoup de stratégies à mettre en place quand tu construis ton effectif. Le salary cap fait que les ressources sont limitées, ce qui équilibre le niveau général. »
Selon lui, les staffs techniques connaissent une transformation majeure. « Les staffs ont beaucoup évolué ces dernières années avec de plus en plus de spécialistes. Il y a aussi la cellule performance, préparation physique, nutrition, musculation. Le chef de la performance est souvent le bras droit du manager puisqu’il est essentiel dans la construction des semaines. » Il souligne également le rôle croissant des outils vidéo et la complexité d’intégrer ces données aux joueurs. « Aujourd’hui, un manager gère environ 75 personnes. C’est un quotidien énergivore, très prenant. »
La charge de travail est telle qu’un manager de Top 14 peut être sollicité toute l’année. « En réalité, tu peux travailler douze mois sur douze, parce qu’il y a toujours quelque chose à gérer avec des doublons internationaux et les internationaux qui partent l’été, ce qui décale leurs vacances. » Patat évoque aussi la lourde part administrative et la gestion des relations publiques, notamment avec les joueurs les plus médiatiques, qui peuvent perturber l’équilibre du groupe. « C’est une fonction où tu peux travailler douze mois sur douze, sept jours sur sept, de six heures à dix-neuf heures. »
Malgré cette charge, la pression sportive ne faiblit pas. « On est jugés sur le résultat immédiat, tout en construisant sur un temps plus long, trois à quatre ans. Construire sur le long terme nécessite stabilité et continuité, mais les contrats des joueurs ne dépassent pas deux ou trois ans. C’est un environnement très instable. »
Patat souligne également l’importance de l’alignement avec la direction du club. « J’ai des supérieurs, je suis sous la direction du président et je dois rendre des comptes. Ce qui est important, c’est d’avoir des rendez-vous réguliers. La stratégie à long terme, c’est la direction qui la porte. Moi, je dois bâtir la mienne en fonction de la politique du club. » L’accompagnement des jeunes joueurs et la gestion humaine restent au cœur de sa passion. « Construire une stratégie avec les moyens disponibles, c’est ce qui me motive. »
Par ailleurs, il rappelle les difficultés des techniciens adjoints, souvent premiers sacrifiés en cas de résultats décevants. « La fonction est encore plus précaire puisqu’ils peuvent aussi être touchés par des changements de management. Mais si tu demandes à un technicien de prendre un week-end, il sera frustré de manquer un match. » Patat appelle à une évolution des mentalités : « Il faut savoir s’entourer, déléguer, faire confiance. »
Enfin, il revient sur la concurrence exacerbée dans ce secteur très fermé. « Contrairement au football, notre marché est limité au territoire français. Peu de managers français partent à l’étranger. Le marché du travail est restreint, et la concurrence est forte, avec des techniciens étrangers qui arrivent et des joueurs qui arrêtent leur carrière avec l’envie de basculer. Les places sont chères. Et comme les joueurs, nous avons une concurrence interne pour garder notre poste. »
À travers ce témoignage, Grégory Patat révèle les multiples facettes d’un métier souvent méconnu, où gestion humaine, pression sportive et stratégies complexes se mêlent au quotidien.







