La Champions Cup, autrefois vitrine majeure du rugby européen, traverse aujourd’hui une crise d’identité qui inquiète joueurs et clubs. Le prestige de cette compétition semble s’estomper, poussant certaines formations anglaises et françaises à réclamer une réforme en profondeur.
Le principal reproche porte sur le format actuel jugé trop permissif et peu excitant. Avec l’intégration des provinces sud-africaines et un système de qualification assoupli, l’intérêt sportif décline. Henry Chavancy, ancien centre du Racing 92, exprime sa nostalgie dans les colonnes de L’Équipe : « Je suis un peu nostalgique de la H Cup avec ses poules de quatre. Il fallait finir premier pour être sûr de se qualifier, c’était très difficile. Ça relevait la qualité de cette compétition. Là, ça ne veut plus dire grand-chose, on peut se qualifier avec une victoire en quatre matches. Je comprends les logiques économiques qui sont derrière et qui poussent l’organisateur à augmenter le nombre d’équipes. Il y a des enjeux qui nous dépassent, ça va au-delà du sportif. Mais du point de vue de la qualité de la compétition, il n’y a pas de doute que c’était plus intéressant il y a quelques années. J’exagère à peine en disant que ça va commencer à être intéressant à partir des demi-finales… »
Face à cette perte de prestige, les clubs du Top 14 et de la Premiership envisagent, selon The Telegraph, une réduction du nombre d’équipes engagées. Leur objectif : « faire moins mais mieux », restaurer l’enjeu de chaque match et éviter les rencontres dénuées de véritable suspense.
Cependant, l’organisateur de la compétition, l’EPCR, affiche une position opposée. Jacques Raynaud, son directeur général, souligne que la formule actuelle « reste très satisfaisante » malgré les critiques notamment sur l’impact écologique des déplacements vers l’Afrique du Sud et la disparité du niveau entre les poules. « Nous avons stabilisé la formule après beaucoup de changements. Les matches sont extrêmement compétitifs. C’est un bon équilibre entre le champ des contraintes que nous avons et la compétition premium que nous souhaitons avoir », explique-t-il. « Notre principe de base, c’est de ne pas habiller Paul et déshabiller Jean. On essaie d’avoir une vision holistique. Il faut que ce soit bon pour l’EPCR mais aussi pour le Top 14, la Premiership, l’URC, les joueurs, etc. Aujourd’hui on est contents d’avoir stabilisé depuis quelques années la formule. »
Les chiffres donnent néanmoins raison aux organisateurs. Malgré les critiques des puristes, les audiences explosent : BeIN Sports annonce une hausse de 15 % des téléspectateurs cette saison, tandis que les stades ont attiré près d’un million de spectateurs lors de la phase de poules. Jacques Raynaud confirme : « On a une formule qui rassemble des millions de fans dans les stades. Sur la phase de poules cette saison, les matches ont rassemblé 983 000 spectateurs. On a de bonnes évolutions d’audience TV : BeIN Sports a enregistré une augmentation de 15 % sur la Champions Cup et la Challenge Cup. Les Britanniques ont connu une augmentation substantielle de 27 % puisqu’ils ont un retour en forme. »
À moins d’un séisme politique majeur entre les ligues nationales et l’instance européenne, le format actuel devrait demeurer jusqu’en 2030. Le débat reste ouvert entre rentabilité économique et excellence sportive, un bras de fer qui ne fait que commencer.






