Le RC Vannes domine largement la Pro D2 cette saison, affichant une avance impressionnante de 18 points sur son dauphin, Colomiers. Pourtant, malgré cette supériorité au classement, le club breton n’est pas assuré de monter en Top 14 la saison prochaine.
En effet, le leader du championnat doit obligatoirement remporter une finale pour décrocher son billet vers l’élite. Le perdant de cette finale bénéficie ensuite d’une seconde chance via un barrage contre l’USAP. Ce système, bien que stimulant, représente une véritable contrainte pour Vannes, qui ne peut pas planifier sereinement son avenir.
Olivier Cloarec, président du RC Vannes, s’est exprimé dans L’Équipe sur cette situation délicate. Il souligne que malgré « 10, 20 ou même 30 points d’avance, en fin de saison, on a ce système… À titre personnel, je trouve les phases finales exceptionnelles, il se passe vraiment quelque chose quand on traverse le pays pour jouer à guichets fermés. Mais toute la question est de savoir comment accompagner des nouveaux clubs et nouveaux territoires pour rester en Top 14. On peut se préparer sur les infrastructures d’entraînement, de formation. Notre stade de la Rabine doit aussi être en mesure de recevoir plus de places. On est sur le bon chemin, on construit le bon projet, on construit un cap. Tout cela, on peut le travailler, le structurer… »
Le président exprime également la frustration liée à l’incertitude du passage en Top 14, malgré la performance du club. « La saison dernière, on est fiers d’avoir eu 36 points en Top 14. C’était une découverte, et il fallait s’y frotter. Mais on a souffert sur les 20 dernières minutes des matches par manque de profondeur, ou peut-être de talent, à certains postes. On a bien vu que beaucoup d’équipes avaient un ou deux joueurs capables de faire basculer un match. On a discuté avec des joueurs de ce type, niveau top 6 ou top 8 du Championnat. Mais comment les attirer sans être sûr de jouer en Top 14 ? »
Il ajoute : « On a une ferveur et un environnement, autour du golfe du Morbihan, qui font que des joueurs se projettent. Mais est-ce qu’on peut leur garantir, malgré nos 20 points d’avance, qu’on jouera au plus haut niveau l’année prochaine ? Non, et c’est une grosse difficulté. On n’arrive pas à trouver les profils qu’on souhaite. Si on recrute maintenant, ça serait par défaut. Même si financièrement, on était capables de rehausser, ce n’est en réalité pas ça qui rentre en ligne de compte. Début avril, on n’est pas encore capables de convaincre des très gros joueurs de Top 14 ou Super Rugby. »
En conséquence, aucun chamboulement majeur n’est prévu cet été dans l’effectif vannetais. « Dans tous les cas, on ne révolutionnera pas ce groupe. J’en suis fier. Faire ce qu’ils réalisent après une descente, c’est compliqué. On a de très bons joueurs, un collectif très fort qui se ressent sur le terrain. Mais ça, on l’avait déjà l’an dernier et ça n’a pas suffi. On va attendre la fin du Championnat, de voir ce qu’on va faire, et si par bonheur on gagne le 6 juin, il faudra 4 à 6 profils. On aura alors la certitude de monter, sauf que des joueurs disponibles, il en restera très peu. »
Toutefois, le club a réussi à convaincre quelques recrues de qualité, comme Boniface, Popelin et Hulleu, qui ont accepté de rejoindre Vannes même en cas de maintien en Pro D2. « Oui. On arrive à recruter des très bons joueurs de Top 14, qui ont accepté, malgré ce risque, de signer à Vannes quelle que soit la division dans laquelle nous évoluons. Mais d’autres ne veulent pas prendre ce risque, et on peut le comprendre. Quitter un gros club de Top 14 pour jouer en Pro D2, ce n’est pas toujours une décision facile à prendre. »
Pour terminer, Olivier Cloarec revient sur la complexité de la formule actuelle du championnat. « Les instances ont un avis assez tranché sur le fait qu’il faut amener du rugby sur l’ensemble du territoire et accompagner des clubs émergents dans la partie nord de la France. On a tous intérêt à ce que des clubs comme Nevers, Angoulême ou Vannes amènent du rugby pro dans des territoires nouveaux. Mais on est confrontés à un certain nombre de clubs qui n’ont pas le même intérêt que d’autres à voir le rugby se développer partout. »
« Quand on arrive dans le rugby pro, on prend la place de quelqu’un, parfois des clubs historiques. Tout le monde est d’accord pour dire qu’on émerge, mais à la place de qui ? Après, ce n’est pas moi qui vais décider que le 1er de Pro D2 monte (comme c’était le cas jusqu’en 2017). Ce sont des arguments qu’il faut mettre en face des autres, dire ce qui serait le plus juste pour le rugby professionnel et essayer d’être le plus convaincant possible. »
Il conclut avec un appel à la réflexion, soulignant les difficultés rencontrées par les promus : « J’espère que cette saison va faire ouvrir les yeux au plus grand nombre. Montauban (promu et dernier de Top 14 avec une seule victoire) a beaucoup de mérite, mais ce n’est pas simple de vivre une saison comme celle-là. C’était d’ailleurs la peur qu’on avait en montant, de ne pas exister et de se foutre le bordel, car une saison comme ça peut casser un projet de club. Montauban a assez de recul, d’histoire et de talents chez ses dirigeants pour repartir, mais ça doit nous alerter. Comment faire pour qu’un promu, quel qu’il soit, puisse rivaliser ? »







