Dans son édition du lundi, Midi Olympique consacre un long reportage à la rivalité entre Romain Ntamack et Matthieu Jalibert, les deux ouvreurs phare de l’équipe de France. Pour analyser cette concurrence, qui ne cesse d’animer le XV de France, le journal est allé à la rencontre de Jacques Brunel, l’homme qui a lancé ces deux prodiges.
« J’ai d’abord fait jouer Matthieu Jalibert, mais je l’avais lancé à Bordeaux quelques mois plus tôt, parce que je l’avais vu jouer en espoir. J’avais vu que ce garçon-là avait des qualités au-dessus de la moyenne, et donc je l’avais fait monter en première, et de suite, je me suis aperçu que c’était un talent hors norme », explique l’ancien sélectionneur.
Dès sa nomination à la tête des Bleus, Brunel n’hésite pas à titulariser le jeune Jalibert à l’ouverture : « Quelques mois plus tard, quand j’ai été nommé à la tête de l’équipe de France. Je décidé de le mettre tout de suite titulaire au poste d’ouvreur pour mon premier match. Il avait 19 ans. Malheureusement, il s’est blessé. Comme Antoine Dupont d’ailleurs. »
Cette blessure donne alors sa chance à Romain Ntamack. « Romain Ntamack arrive lors du Tournoi suivant. Il est titulaire au centre pour son premier match, mais il passe très vite au poste d’ouvreur. Il fait partie des garçons – tous les deux d’ailleurs, que vous pouvez mettre à n’importe quel poste. Ils sont bons. Parce qu’ils ont ça. Ils ont le rugby en eux. C’est comme Dupont. Dupont, tu peux les mettre au centre, à l’ouverture. Peut-être pas talonneur, mais bon. Tu peux les mettre partout. Ils ont quelque chose en plus. »
Jacques Brunel souligne ensuite pourquoi Jalibert se démarque au sein de sa génération : « C’est un garçon qui n’a pas peur des responsabilités, qui prend des décisions, qui a la tête haute. On le voit quand il marche, quand il court, il a la tête haute, il est toujours en train de regarder. Il a une vision périphérique, qui est la marque des grands joueurs. D’ailleurs, j’ai souvent entendu ou lu qu’il pouvait être arrogant. Ce n’est pas le cas. Il ne va pas baisser la tête pour avoir une autre image. Avoir la tête haute est une qualité quand on joue ouvreur. Il avait en plus cet opportunisme qu’il a toujours. On le voit sur ses petits coups de pied par-dessus la défense. Son bagage technique est aujourd’hui encore plus grand car il a encore beaucoup progressé sur sa défense. Il est encore plus complet qu’à l’époque. Et avec l’expérience en plus, aujourd’hui, il est formidable. »
En parallèle, le profil de Ntamack est présenté comme plus défensif : « Mais on a la chance d’avoir deux profils un petit peu différents. En effet, Romain Ntamack est peut-être un peu plus solide défensivement, un peu plus attiré par ça aussi. Et on aurait tendance à dire un peu moins attaquant, mais ce n’est pas vrai, parce qu’en même temps, il faut se rappeler combien il a été décisif, notamment sur des finales. C’est un joueur incroyable dans le un contre un, et pour prendre des initiatives, il n’est pas le dernier. Donc on a la chance, on a vraiment une très grande chance en France d’avoir au moins deux très grands ouvreurs. »
Jacques Brunel met aussi en lumière la progression de Jalibert grâce aux succès de l’Union Bordeaux-Bègles : « Bien sûr que la victoire et les derniers parcours de l’UBB, ont certainement conforté Matthieu dans son cheminement. Mais bon, je veux dire, son talent est là depuis toujours. Après, il le concrétise à travers un titre, à travers une équipe. C’est formidable. »
Quant à Ntamack, il loue l’équilibre global du joueur : « Je vois un joueur complet. Il n’y a pas de faille chez lui. Il n’y a pas un secteur où tu te dis qu’il est déficient. Il n’y a rien à enlever. Et puis, c’est un garçon mature, intelligent, posé, stable. »
Cette confiance lui avait déjà valu de titulariser Ntamack à l’ouverture lors de la Coupe du monde 2019. « Ça me paraissait une évidence, en raison de la qualité, du talent de ce garçon. Comme ça m’apparaît une évidence de mettre Jalibert pour le premier match de l’équipe lors du Tournoi. »
Pour Brunel, disposer de deux ouvreurs de ce calibre est une véritable opportunité pour le rugby français : « Je le dis et je le répète, c’est une chance incroyable d’avoir deux garçons de ce niveau-là. Parce qu’au fil des rencontres, au fil des matchs, au fil des blessures qu’il peut y avoir, il y aura toujours un ouvreur de grande qualité sur le terrain. Donc, c’est une chance terrible. Je ne sais pas s’il y a une autre nation qui a deux éléments à ce poste de cette qualité. Je vais même plus loin en parlant de la charnière. Nous avons plusieurs charnières de très grande qualité. »
Enfin, il explique pourquoi il est difficile d’imaginer les associer sur le terrain simultanément : « Ce n’était pas une mauvaise idée non plus à l’époque. Il fallait voir s’ils pouvaient être associés, parce qu’effectivement, à ce moment-là, Romain jouait assez souvent en 12. Mais aujourd’hui, avec l’abondance qu’on a de joueurs de très grande qualité derrière, il serait stupide de vouloir les associer, je crois. Je pense qu’il vaut mieux se dire qu’on a deux ouvreurs et quelles que soient les circonstances, on aura des joueurs très forts à la charnière plutôt que de vouloir disperser leur talent et mettre les deux sur le terrain en même temps. »
Cette analyse de Jacques Brunel met en lumière la richesse du XV de France à la charnière et confirme l’intérêt de cette saine concurrence pour porter le rugby tricolore vers les sommets.







