Du rugby champagne sous un soleil de plomb, mais dans un silence de cathédrale. Samedi, à Durban, les Sharks ont dominé les jeunes joueurs clermontois 50-12 dans un Kings Park désespérément vide. Malgré la qualité du spectacle, cette rencontre soulève une question majeure : la Champions Cup a-t-elle vraiment sa place dans des stades de 46 000 places sans public ?
Midi Olympique tire la sonnette d’alarme.
**Un festival de pépites sous 28 degrés**
Le score est lourd, certes, mais il ne reflète pas toute l’intensité de ce duel. Sous un ciel bleu azur, le jeu a respiré l’audace et le spectacle. On retiendra notamment la performance de Phepsi Buthelezi, flanker rapide comme un sprinteur, qui a déchiré la défense adverse comme une hache. Surtout, l’éclosion de Jurenzo Julius, 21 ans, au gabarit compact et à la férocité digne d’un futur Springbok, a illuminé la rencontre.
Côté clermontois, malgré la déroute au tableau d’affichage, la « classe biberon » de l’ASM n’a pas démérité. Portés par un courage exemplaire pendant 50 minutes, les jeunes Auvergnats ont résisté face à un Matt Romao, élu homme du match, omniprésent dans chaque mêlée et collision.
**Le malaise visuel : des « Playmobils dans un lavabo »**
Pourtant, derrière l’écran, le spectacle se teinte d’un profond malaise. Avec seulement 8 500 spectateurs dispersés dans l’immensité du Kings Park, l’ambiance sonnait creux. Cette image cruelle de quelques dizaines de supporters isolés dans 46 000 sièges rappelle des « Playmobils perdus dans un lavabo », comme le décrit Midi Olympique.
Ce constat, identique à Pretoria ou au Cap, révèle un mal plus profond : le public sud-africain, habitué au Super Rugby depuis des décennies, n’a pas encore adopté la Champions Cup. Culturellement, la greffe européenne ne prend pas encore en tribunes.
**Vers une révolution des enceintes ?**
Faut-il s’obstiner à jouer dans des monuments de béton vides ? Pour préserver l’image télévisuelle et l’âme de la compétition, l’idée de migrer vers des stades plus petits commence à s’imposer. Des enceintes plus modestes où la ferveur resterait concentrée, plutôt que de se diluer dans l’air brûlant de Durban. Car si le rugby joué aux antipodes est magnifique, il mérite mieux que ce silence assourdissant.







