Tournoi des Six Nations après tournoi, le débat revient avec force : l’ouverture de l’équipe de France est-elle en train de changer de patron ? Longtemps considéré comme l’héritier naturel du poste, Romain Ntamack voit désormais son statut challengé par un concurrent de poids : Matthieu Jalibert. À la lumière des performances récentes, ce Six Nations pourrait bien marquer un tournant.
Talent précoce devenu cadre confirmé, Matthieu Jalibert semble aujourd’hui arriver à pleine maturité. Sa vision du jeu, sa précision au pied et sa capacité à attaquer la ligne lui donnent un profil résolument moderne. Là où il impressionne surtout, c’est dans la maîtrise des temps faibles : gestion du territoire, alternance jeu au pied/jeu à la main, lecture des défenses.
Dans un Tournoi exigeant, où chaque ballon compte, Jalibert a montré qu’il savait contrôler le tempo sans brider la créativité offensive des Bleus. Une qualité longtemps attribuée à Ntamack, mais que Jalibert incarne désormais avec une assurance nouvelle.
Ntamack, l’évidence… fragilisée
Romain Ntamack reste un joueur d’exception. Sa science du placement, sa fiabilité défensive et sa relation naturelle avec les cadres du XV de France ont longtemps fait de lui le numéro 10 indiscutable. Mais ce Six Nations met en lumière une réalité plus nuancée : son influence n’est plus aussi exclusive.
Entre pépins physiques récents et concurrence accrue, Ntamack semble parfois moins tranchant offensivement. Non pas en difficulté, mais peut-être moins en phase avec un jeu français qui cherche davantage de verticalité et d’imprévisibilité.
Un choix plus politique que technique ?
Pour le staff de Équipe de France de rugby, la question dépasse le simple niveau individuel. Choisir Jalibert, c’est assumer une orientation plus offensive, plus risquée parfois, mais potentiellement dévastatrice. Choisir Ntamack, c’est privilégier la continuité, la stabilité et une forme de sécurité collective.
Ce Tournoi des 6 Nations agit alors comme un laboratoire grandeur nature : qui incarne le mieux le projet de jeu à moyen terme ? Qui sera le chef d’orchestre capable de guider les Bleus vers les prochaines grandes échéances internationales ?
Vers une prise de pouvoir durable ?
Parler de “prise de pouvoir” n’implique pas un déclassement définitif de Ntamack. Mais si Jalibert confirme sur la durée — leadership, constance, influence dans les matchs clés — il pourrait bien s’imposer comme le premier choix à l’ouverture, redistribuant les cartes d’une hiérarchie longtemps figée.
Ce Six Nations pourrait ainsi rester dans les mémoires non seulement pour ses résultats, mais comme le moment où l’alternance est devenue réalité, et où l’ouverture des Bleus est entrée dans une nouvelle ère.







