À deux semaines du coup d’envoi du Tournoi des Six Nations, Fabien Galthié provoque un séisme dans le rugby français. Mercredi, le sélectionneur national a dévoilé une liste de 42 joueurs marquée par l’absence surprenante de trois piliers incontestés : Gaël Fickou, Grégory Alldritt et Damian Penaud.
En écartant ces cadres inamovibles depuis six ans, Galthié rompt avec ses propres certitudes et bouleverse l’équilibre du vestiaire tricolore. Abandon du concept de « joueurs premium » et de l’expérience collective, le patron des Bleus remet tout à plat pour préparer le choc face à l’Irlande, le 5 février. Une décision radicale qui soulève autant d’interrogations sur le plan sportif que sur la cohésion interne de l’équipe.
Si le staff justifie ces choix par des critères athlétiques – baisse de régime, difficultés défensives, manque d’impact face à une nouvelle génération affamée – certains y voient une mise à l’écart punitive déguisée, destinée à épargner à ces stars du rugby français « l’humiliation des navettes inutiles » entre leurs clubs et Marcoussis.
L’ancien international Yoann Huget revient notamment sur le cas de Damian Penaud dans les colonnes du Parisien : « L’absence de Damian, c’est LA vraie surprise. Il a beaucoup joué et marqué. Mais avec l’Irlande qui arrive, et le fait que la défense et les ballons hauts ne sont pas ses qualités premières, il n’a pas rassuré les coachs et doit repasser par la case travail. »
Cependant, cette révolution ne fait pas l’unanimité. Nombre d’observateurs redoutent qu’en bousculant brutalement la hiérarchie et les affinités au sein du groupe, Fabien Galthié fragilise davantage une équipe où les liens humains sont forts, comme entre Antoine Dupont et Grégory Alldritt.
L’ancien sélectionneur Pierre Berbizier exprime ses doutes : « Quelle est la logique ? Si c’est celle de l’homme en forme, ce qui semble être le cas, pourquoi est-ce que cela ne s’applique pas à Boudehent, Atonio, Baille, Mauvaka, Cros… On crée encore de la confusion. » Selon lui, ce flou dans les critères de sélection peut perturber les joueurs. « Ça mène en tout cas le groupe à se questionner. Et un joueur qui se pose des questions n’est pas forcément performant. Un joueur est là pour apporter des réponses, des solutions, et pas se poser des questions. Sinon c’est déjà à moitié perdu… »
Berbizier ne manque pas de tacler le sélectionneur : « Avec la défaite contre l’Afrique du Sud en novembre, on est revenu deux ans en arrière. Le XV de France doit se repositionner dans ce Tournoi. Il est important de clarifier le projet de jeu. Parce que le sentiment de confusion, il est aussi dans la tête des joueurs. »
Le pari de Galthié est colossal. En lançant des jeunes comme Attissogbe ou Moefana dans l’arène contre la machine irlandaise, réputée pour sa stabilité et son collectif huilé, il mise sur un électrochoc risqué. Le contraste entre la cohésion du Trèfle et les choix audacieux, voire déstabilisants, du staff français est saisissant.
Yoann Huget tire la sonnette d’alarme : « Le plus inquiétant, c’est de voir arriver les Irlandais, qui, eux, sont très cohérents et se reposent sur des cadres. Nous, on a fait le choix de se passer de certains. On peut s’interroger sur la capacité des jeunes qui vont les remplacer à relever ce défi dur et intense des Irlandais. »
Dans quinze jours, le terrain dira si Fabien Galthié a eu raison de provoquer ce séisme ou s’il a fragilisé son équipe au pire moment possible.







