Tom Staniforth, l’Australien de Castres, sur le point de découvrir le XV de France
C’est une histoire digne des plus belles fictions sportives. Tom Staniforth, 31 ans, joueur australien évoluant à Castres depuis 2020, s’apprête à rejoindre le XV de France. Quelques mois seulement après avoir cru devoir mettre un terme à sa carrière à cause d’une grave blessure, le deuxième ligne vit un véritable miracle sportif.
Un coup de fil inattendu
Alors qu’il était chez lui mardi dernier, Tom a reçu un appel surprise d’un numéro inconnu. C’était Patrick Arlettaz, l’adjoint de Fabien Galthié, qui lui annonçait sa sélection parmi les 42 joueurs retenus pour préparer le match face à l’Irlande le 5 février.
« Ce n’est pas facile d’exprimer ce qu’on ressent, de trouver les mots », confie-t-il à L’Équipe. Submergé, il a immédiatement appelé ses parents en Australie : « Mon père était heureux et fier, et aussi très surpris, il ne pouvait pas le croire. Il m’a dit que si je jouais, il ferait le déplacement avec ma mère. »
Entre émotion et reconnaissance
Tom a partagé sa joie avec les dirigeants de Castres et le staff tricolore. « Quand je décroche, il y a Patrick Arlettaz au bout du fil qui me dit que je suis dans les 42. Il a un accent du sud. Mais qui n’a pas d’accent ? Vous avez vu le mien, il est catastrophique. J’étais excité, heureux. C’est vraiment un moment spécial dans ma vie. Je suis tellement reconnaissant. »
L’homme n’oublie pas les sacrifices personnels et l’appui indéfectible de sa famille. « Franchement, dans ma tête, à ce moment, c’est un truc incroyable. J’étais content d’être à côté de ma femme, elle a tellement fait de sacrifices pour moi, pour que j’y arrive, elle a tellement fait d’efforts, elle a accepté de me suivre, de quitter l’Australie, de changer de vie, de route. Tout ça pour moi. Je n’oublierai jamais ce qu’elle a fait durant ces derniers mois, ce fut dur, très dur. »
Un combat long et douloureux contre une cheville « fatiguée »
La saison écoulée avait été cauchemardesque : Tom n’a pas pu disputer un seul match, souffrant d’une cheville récalcitrante. « J’ai eu peur pour ma carrière, concède-t-il. En mars, je me suis dit que c’était fini. Je ne voyais aucune amélioration durant la rééducation. Ma cheville continuait de me faire mal, j’ai été opéré, elle était fatiguée avec pas mal de problèmes de cartilage. Quand tu parles aux médecins, que tu échanges avec eux et qu’à un moment, ils te disent qu’il va falloir peut-être penser à autre chose, à faire autre chose que du rugby. C’est dur. »
Un rendez-vous médical décisif en Angleterre a finalement ouvert une nouvelle voie : « Je voulais avoir l’avis d’un deuxième chirurgien, c’était un peu le rendez-vous de la dernière chance. Il m’a dit que cela ne servait pas à grand-chose de refaire la même opération. Quand je suis rentré, c’était horrible, mes beaux-parents étaient là, ils ont essayé de parler d’autre chose, de trouver des sujets de conversation qui pourraient me faire penser à autre chose que le rugby. Avec les médecins, on a finalement trouvé une autre solution et ça a marché. »
Retour progressif et esprit réaliste
De retour sur les terrains depuis septembre, Staniforth reste humble et concentré. « Je ne sais pas. Je pense qu’il y a encore de la marge. Mais j’ai vraiment eu peur de devoir arrêter. Alors je profite de chaque match, et je ne vais pas vous mentir mais le truc le plus important pour moi, c’est samedi, c’est Bayonne, c’est un match important et on doit enchaîner après ce qu’on vient de faire au Munster. Après, je penserai à Marcoussis. »
Quant à la Coupe du Monde 2027, qui se déroulera en Australie, il balaie la question d’un sourire : « Vous me demandez si je rêve de l’Australie, mais ce n’est pas possible de rêver de la Coupe du Monde, ce serait stupide. Je viens d’apprendre que j’étais dans la liste des 42, je n’ai même pas encore joué avec cette équipe de France. »
Un parcours de résilience et de courage qui pourrait bien devenir une source d’inspiration pour le rugby tricolore.







