Pierre Berbizier s’est livré dans les colonnes de Midi Libre à une analyse approfondie sur la condition du XV de France à l’aube du Tournoi des Six-Nations.
Le retour d’Antoine Dupont, souvent perçu comme une bouée de sauvetage, ne doit pas en réalité susciter d’attentes démesurées. “Le retour d’Antoine Dupont ? Ce serait une erreur d’attendre qu’il nous fasse gagner. Dupont est un joueur très talentueux, mais s’en remettre uniquement à ses exploits me semble dangereux, surtout sur l’ensemble d’un Tournoi. Je crois qu’il est bon qu’effectivement, Antoine Dupont soit le plus de cette équipe et non le Messie.” Il ajoute aussi un regard lucide sur la performance des Irlandais : “Maintenant, on va voir avec quelle intensité les Irlandais vont jouer. Ils ont dominé le rugby européen avec la génération Sexton mais sont-ils encore capables d’user autant l’adversaire aujourd’hui ? Si c’est nous qui imposons notre rythme, banco.”
L’Angleterre est également dans le viseur de Berbizier, qui prévient sur la montée en puissance des Anglais à l’aube du Mondial 2025. “Il ne faut pas sous-estimer l’Angleterre, qui monte en puissance et semble avoir retrouvé une dynamique. Dans l’optique du Mondial, l’Afrique du Sud a démontré cet automne qu’il serait difficile de rivaliser, même s’il reste deux ans. En novembre, il n’y a pas eu photo. Si on avait pu lors de la Coupe du monde 2023 évacuer les vrais problèmes dans un débat sur l’arbitrage, là, ils nous ont été supérieurs.” Berbizier rappelle également la malédiction française en Coupe du monde : “La France est la seule nation majeure à n’avoir jamais été sacrée. On avait pourtant une énorme opportunité en la jouant chez nous. Les conditions en Australie (2027) ne seront pas les mêmes… J’espère qu’un jour on sera champions du monde.”
Sur la querelle médiatique opposant Jalibert à Ntamack, il refuse de s’enfermer dans cette polémique : “Jalibert ou Ntamack ? Je crois qu’on a installé un faux débat. Les deux ont de grandes qualités. À vouloir en faire une polémique, on n’optimise peut-être pas leurs qualités en complémentarité. En fonction de l’adversaire, du match, du score, l’entraîneur a la possibilité de changer sa tactique. C’est ce qu’il faudrait regarder avant tout plutôt que leur seule rivalité alimentée par les médias.”
Enfin, l’absence prolongée de Charles Ollivon Alldritt laisse Pierre Berbizier perplexe : “Alldritt ? Il semble avoir du mal à revenir à son meilleur niveau. On n’a pas tous les éléments en interne mais à son meilleur niveau, Alldritt a prouvé qu’effectivement, il était indispensable. Quand on joue le Tournoi, on se doit d’aligner la meilleure équipe du moment. Il faut regarder le présent, on ne peut pas faire des essais.”
Pour conclure, Berbizier souligne la formidable avancée des moyens mis à disposition de Fabien Galthié, saluant une évolution notable par rapport à son époque : “Aujourd’hui, si j’étais sélectionneur, vu les moyens qu’il y a à l’œuvre… À mon époque, je disposais de 26 ou 27 joueurs quand Fabien Galthié peut presque tripler tous les postes avec 42 joueurs. Les Bleus disposent également de deux mois de préparation alors que nous, nous avions rendez-vous le mercredi pour un match du Tournoi le samedi. Tout est dit.”







