Uini Atonio contraint de mettre un terme à sa carrière après un infarctus
Le pilier français Uini Atonio a annoncé la fin immédiate de sa carrière professionnelle à la suite d’un accident cardiaque survenu récemment. Une nouvelle douloureuse pour le rugby français, qui soulève de nombreuses questions sur les causes et les conséquences de cet événement.
Interrogé par L’Équipe, Laurent Chevalier, expert en cardiologie à la Ligue Nationale de Rugby (LNR), a livré son analyse sur ce type d’accident chez les sportifs de haut niveau. « Nous sommes dans le cadre du secret médical. Mais d’un point de vue général, ‘l’infarctus’ du jeune sportif est souvent la cause de deux mécanismes différents. Soit une artère coronaire, celle qui nourrit le cœur, se spasme et ne débite plus pendant quelques minutes et génère l’infarctus. Soit une plaque à l’intérieur de l’artère se rompt, il s’agit du mécanisme le plus classique chez les personnes âgées, et entraîne un caillot dans l’artère qui se bouche. »
Dans les deux cas, « l’artère n’amène plus de sang et donc plus d’oxygène au cœur. Malheureusement, pour certains, cela crée une arythmie cardiaque avec une mort subite immédiate. D’autres ont des douleurs pendant plusieurs jours et sont finalement pris en charge. Enfin, tout dépend du temps que le cœur a souffert pour connaître les séquelles. »
Selon le cardiologue, les douleurs ressenties par Atonio au niveau du sternum pendant l’échauffement du match face à Clermont pourraient avoir été un premier signe d’alerte. « C’est possible. Au regard du nombre d’impacts sur cette partie du corps liés à la pratique du rugby, ça peut être des douleurs musculaires, cartilagineuses. On ne pense pas de suite à un accident cardiaque. »
Laurent Chevalier souligne également les facteurs qui favorisent ces accidents : « Les mécanismes fréquents qui engendrent des accidents cardiaques sont le tabac chez les sujets jeunes. Mais aussi le tabac ‘non fumé’, le snus, à savoir la nicotine sous forme de gomme. On retrouve fréquemment aussi un mauvais cholestérol, qui génétiquement est augmenté et non pris en charge, ce qui fragilise les artères. »
Malgré les suivis médicaux rigoureux mis en place par la LNR, la prédiction d’un infarctus reste un défi. « Au niveau de la Ligue nationale de rugby, les joueurs sont soumis à un bilan annuel sur les facteurs de risques biologiques au regard de leur suivi longitudinal. Ils sont également soumis à un électrocardiogramme tous les ans, une échocardiographie tous les deux ans et une épreuve d’efforts tous les quatre ans. Mais la prédiction de l’infarctus est difficile. Ça reste un accident. »
L’expert rappelle que « Le seul moyen, efficace, pour diminuer les risques est de traiter les facteurs de risques. À savoir que les joueurs ne fument pas, qu’ils ne consomment pas de nicotine, ni de drogues festives. En revanche, ce n’est pas parce que Uini Atonio dispose d’un physique hors-norme qu’il est un sujet plus à risques. Mais il a plus de risques d’avoir une hypertension, du diabète… Dans ce cas, on traite et les risques diminuent. »
Enfin, concernant l’avenir médical du joueur de 33 ans, Laurent Chevalier précise : « La première question est de savoir comment Uini Atonio va récupérer de son infarctus. L’avenir nous le dira s’il va retrouver l’intégralité de ses moyens cardiaques. Même si on récupère l’intégralité de ses moyens, vous avez l’obligation de consommer un traitement antiagrégant pour fluidifier le sang. Ce traitement est difficilement compatible avec la pratique du rugby. Raison pour laquelle il a mis fin à sa carrière avec effet immédiat. Notamment en raison des impacts. Si vous souhaitez faire de la course à pied, ça va. Mais pour pratiquer du rugby à haut niveau ou des sports de combat comme la boxe, il y a des risques, notamment au niveau cérébral. »
La gravité de cet accident rappelle les enjeux de la santé cardiovasculaire dans le sport de haut niveau et suscite une réflexion accrue autour de la prévention et du suivi médical des athlètes.







