Antoine Dupont, le demi de mêlée international français, fait son retour après une longue période d’absence due à une blessure sérieuse. Dans un entretien exclusif accordé au journal L’Équipe, le Toulousain s’est livré avec franchise sur ces mois difficiles marqués par la douleur et la rééducation.
« Malheureusement, ça fait partie d’une carrière de sportif de haut niveau. J’ai eu la chance de connaître plus de victoires que de défaites, mais je n’ai pas été épargné par les blessures. Il faut arriver à en ressortir du positif, ça rend plus fort mentalement. Vivre des choses compliquées, ça permet de relativiser et de se nourrir d’enthousiasme et d’énergie quand on revient », confie Dupont, conscient des épreuves qu’il a traversées.
Le chemin vers la guérison n’a pas été simple. « Ma rééducation a eu des étapes compliquées, même si j’étais déjà passé par là. Ça a été beaucoup plus douloureux les premières semaines à cause du trauma accidentel : un poids m’a cassé le genou. Ça a engendré beaucoup de gonflements, de douleurs pré et postopératoires. Durant les premiers mois de rééduc, j’ai eu du mal à récupérer ce retard pris au début, ça a été très compliqué et très douloureux. En sport collectif, on est habitué à s’entraîner avec les copains, à être dehors… À un moment, être tout seul, tous les jours, c’est très pesant, on en a marre », poursuit-il.
Pour ne pas s’enliser dans la solitude et le découragement, Dupont a décidé de changer d’environnement. « J’ai beaucoup bougé, je suis allé à l’étranger. Aller bosser ailleurs me gonflait à bloc et, quand je revenais, j’étais content de revenir au club. Revoir, recroiser les mecs me remotivait. J’ai pu me nourrir de vivre d’autres expériences. Ça faisait des années que je ne pouvais pas profiter de mes week-ends. J’ai vu d’autres façons de travailler, pu prendre plein de petites choses à droite, à gauche, avec différents intervenants qui avaient côtoyé des sportifs avec des backgrounds différents. Ça m’a permis d’avoir un spectre plus large sur les outils de ma rééducation et ça m’a beaucoup nourri », explique-t-il.
La reprise de la course a constitué une étape cruciale, tant physiquement que mentalement. « Reprendre la course était une étape hyper importante, physiquement mais surtout mentalement. Ce fut un gros step. Pendant trois mois et demi, je n’avais pas pu poser le pied au sol. Les premiers appuis faisaient mal, mais dans ces moments-là tu es tellement content que tu ne sens presque pas la douleur. Ensuite, il y a eu le retour au jeu avec les copains. Toucher du ballon, faire des petits exercices, même à deux à l’heure. Sentir que le terrain n’est pas loin, voir le bout du tunnel, ça fait du bien. La dernière étape, c’était de retrouver des sensations et des qualités athlétiques. Quand tu recommences à avoir des données comparables à ce que tu faisais avant, et des sensations, c’est un plaisir énorme. Tu repenses à tout ce que tu as enduré et c’est un soulagement », confie Dupont.
Sur le plan mental, le joueur a adopté une approche différente de celle de sa précédente blessure. « Là, j’ai travaillé différemment. Après ma première blessure, j’ai commencé à travailler avec une psychologue et j’ai gardé ce lien avec elle. Et depuis quelque temps, j’ai entamé un travail de méditation pour essayer de descendre un peu plus profondément en moi. C’est un travail très fastidieux et qui prend du temps. Ce sont des petites routines et des rendez-vous tous les mois avec une personne qui me drive là-dessus. J’essaie de voir mon sport et ma vie un peu différemment, mais c’est assez long », détaille-t-il.
Aujourd’hui, Antoine Dupont se dit apaisé et surtout soulagé de ne plus ressentir de douleurs persistantes. « Là, je réapprécie le fait d’avoir mal nulle part et de pouvoir être en pleine possession de mes moyens. C’est ça qui m’a le plus manqué. J’ai ressenti beaucoup de douleurs sur les premiers mois. Elles ont baissé mais pas disparu. Chaque jour, au réveil, tu poses le pied au sol et tu sens que tu as un truc qui ne va pas bien, toujours un petit point de douleur inconfortable. Le simple fait de ne plus le ressentir, ça fait du bien », confie-t-il enfin.
Après ces mois d’épreuve, Antoine Dupont est prêt à retrouver les terrains et à nourrir son ambition la plus forte : devenir champion du monde avec les Bleus.







