Le rapport de la Cour des comptes publié début 2026 jette une lumière crue sur l’état préoccupant de la Fédération française de rugby (FFR). Malgré ses performances sportives remarquables et une popularité intacte, l’institution est fragilisée économiquement et lutte pour sa survie.
Selon Midi Olympique, ce rapport souligne d’abord un « héritage dégradé » laissé par la précédente direction, incarnée par Bernard Laporte et Alexandre Martinez, dont Florian Grill dénonce le bilan désastreux.
Les chiffres sont sans appel : alors que la Coupe du monde 2023 devait être un levier financier majeur avec un bénéfice attendu de 68 millions d’euros, elle se solde par un déficit colossal de 20 millions, aggravé par un redressement fiscal de 7 millions en cours de négociation avec l’État. « Cet événement a été un succès pour tous, sauf pour ses organisateurs », rappelle le rapport, soulignant que pendant que World Rugby engrangeait 500 millions d’euros de bénéfices, la FFR voyait ses fonds propres s’effondrer.
La Cour des comptes met également au jour des choix stratégiques coûteux et mal maîtrisés. Le Centre d’Innovation du Rugby (CIR) à Pantin, « un gouffre financier », pourrait générer « jusqu’à 3 millions d’euros de déficit par an », freinant les investissements dans le rugby amateur. Par ailleurs, la cession de capital à CVC, si elle apporte un souffle financier à court terme, est pointée du doigt pour son manque de transparence et des frais de conseil exorbitants (1,5 million d’euros). Au-delà de 2026, la FFR resterait seule face à un déficit structurel non résorbé.
Le rapport ne passe pas sous silence non plus les manquements lourds en matière de sécurité, rappelés par le drame tragique de Medhi Narjissi en Afrique du Sud, jugé « révélateur de failles graves » dans la répartition des responsabilités entre l’État, la fédération et les encadrants. En réponse, la FFR, sous la direction de Florian Grill, a instauré des mesures « responsables » : une couverture contre les accidents étendue à tous les licenciés et des réformes strictes, notamment l’abaissement de la ligne de plaquage pour protéger les mineurs.
Malgré ce diagnostic alarmant, la Cour reconnaît la « grande qualité » du plan de redressement lancé par l’équipe actuelle. Ce plan impose des mesures de rigueur drastiques : suppression des cartes affaires des élus, revalorisation des contrats avec le Stade de France, et une augmentation de la part Française dans les revenus du Tournoi des 6 Nations, qui passera de 16 % à 19 % d’ici juillet 2026.
L’objectif est clair : retrouver l’équilibre financier en deux ans. Mais la marge de manœuvre est étroite. Avec une masse salariale en hausse de 40 % en sept ans et des recettes insuffisantes, la Fédération mise tout sur la réussite du Tournoi 2026. Le message des dirigeants est sans détour : « La cessation de paiements n’est pas chimérique ». En cas d’échec, des mesures radicales, telles que la vente du Centre National du Rugby de Marcoussis, pourraient devenir inévitables.






