Matthieu Jalibert aborde le Tournoi des VI Nations 2026 en pleine forme et en titulaire face à l’Irlande ce jeudi soir. L’ouvreur de l’Union Bordeaux-Bègles a atteint une maturité physique et tactique remarquable, témoignage d’un travail acharné et d’une évolution constante.
Après un été marqué par la rééducation d’un genou fragile et la gestion d’alertes musculaires, Jalibert affiche une condition physique optimale. Entouré de kinésithérapeutes, il consacre désormais « 2-3 heures par semaine pour des étirements, des massages », une rigueur qui lui permet de prévenir toute rechute. Cette solidité lui garantit une présence plus affirmée dans les duels physiques. Noel McNamara souligne : « Il a un niveau de préparation de très haut niveau. Il a ciblé ça sur la dimension physique. Il s’améliore en défense mais en attaque aussi, car il est de plus en plus dur dans les contacts. »
Jean-Baptiste Elissalde confirme cette transformation dans les colonnes de L’Équipe : « Il n’a pas pris de masse mais on voit qu’il s’est densifié. Je pense que le travail qu’il fait sur ses postures en défense l’aide beaucoup. » Jalibert lui-même reconnaît sa nouvelle approche : « J’essaie d’être un peu plus agressif et plus dominant, même si je sais que je ne serai jamais un sécateur. » Laurent Labit appuie ce point de vue en établissant une comparaison marquante : « Il a toujours eu ce penchant pour le jeu et ce côté dureté dormait un peu en lui. Mais comme Finn Russell, que j’ai connu au Racing, quand il s’y met, il peut être un redoutable défenseur. Ces joueurs vont être ciblés pour être mis en difficulté physiquement et on voit qu’il n’est plus dans cette case aujourd’hui. »
Sur le plan offensif, Jalibert reste un génie de l’imprévisibilité. Avec 66 défenseurs battus cette saison, il captive par son agilité et son intelligence de jeu. Noel McNamara compare son style à celui d’un matador : « Il l’exécute parfaitement mais il a surtout cette compréhension pour lire la montée du défenseur et voir l’espace qui va s’ouvrir ensuite s’il gagne ce un-contre-un. On parle beaucoup de la vitesse de ses pieds mais il y a aussi la vitesse de sa pensée. » Sa puissance explosive au démarrage impressionne également, comme le souligne Elissalde : « On sent qu’il est plus puissant dans ses accélérations, il donne cette impression d’avoir la même vitesse au démarrage qu’un Louis Bielle-Biarrey. Avec ce coup de reins, une fois qu’il a franchi, il peut faire d’énormes différences. »
À 27 ans, Jalibert a appris à canaliser son talent solitaire au service du collectif. « Plus jeune, il y avait toujours des situations où il cherchait à forcer le jeu avec une initiative individuelle et ça se retournait contre lui », explique Elissalde. Aujourd’hui, il déploie une palette plus complète, comme le décrit McNamara : « Il a une triple dimension dans son jeu offensif. Il peut jouer lui-même dans la défense, aller chercher des solutions plus loin avec sa passe ou en trouver par-dessus avec son jeu au pied. Sa vitesse lui donne même une quatrième dimension (rires). » Son sang-froid en fin de rencontre est exemplaire, notamment lors de la finale de la Coupe des champions : « La fin de la finale, c’est une masterclass ! On mène de huit points et il est très discipliné tactiquement. Avec Max (Lucu), ils ont parfaitement géré au pied pour laisser Northampton dans son camp. »
Le jeu au pied de Jalibert est devenu une arme tactique redoutable après un travail assidu sur la précision des phases statiques. Laurent Labit se souvient : « Sur les coups d’envoi par exemple, auxquels il n’attachait pas une énorme importance. Il a beaucoup travaillé ce geste et on voit que ça marche à Bordeaux […]. Même chose sur les pénaltouches, où il tapait parfois avant que les avants aient annoncé la touche (sourire). Il a beaucoup bossé sur ces situations arrêtées pour gagner en longueur et en précision. »
Le défi désormais est d’imposer cette domination au niveau international. Face à l’Irlande, Jalibert devra s’adapter, car « en équipe de France, le jeu tourne plus autour du demi de mêlée et des avants donc il aura forcément moins de ballons. Il faudra être un peu plus patient et avoir un bon ratio de bonnes décisions », prévient Jean-Baptiste Elissalde.
Pour l’épauler, il pourra compter sur des partenaires familiers, un avantage certain selon Laurent Labit : « L’expérience lui a appris à mieux trier les ballons, à plus faire jouer ses partenaires, il fait ça très bien. Et jouer derrière Antoine (Dupont) et un paquet d’avants qui avance, ça peut aussi lui permettre de s’exprimer. D’autant qu’il est assez complice avec Thomas Ramos… Si on ajoute des centres (Moefana et Depoortere) qui le connaissent par cœur en club, ça fait beaucoup d’éléments pour qu’il soit dans les meilleures dispositions. »
Noel McNamara conclut en évoquant l’aura du joueur : « Certains joueurs frappent quand le fer est chaud. Matthieu, lui, chauffe le fer en frappant. » Un constat qui résume parfaitement l’ascension impressionnante de l’ouvreur bordelais.







