La nouvelle convention signée entre la Fédération Française de Rugby (FFR) et la Ligue Nationale de Rugby (LNR) instaure un cadre structurant essentiel pour le rugby français, réunissant équipes de France, clubs professionnels et rugby amateur. Jean-Marc Lhermet, Vice-Président délégué à la haute performance et aux officiels de matchs, détaille les avancées majeures et la philosophie de cet accord.
« Cette convention est au cœur du rugby français parce qu’elle définit le mode de fonctionnement entre la FFR — avec les équipes de France et le monde amateur — et le haut niveau professionnel représenté par la LNR et les clubs », explique-t-il. Selon lui, l’enjeu principal est que ces deux structures fortes avancent dans la même direction, sans divergences, afin d’assurer la santé durable du rugby hexagonal. « Son aboutissement est avant tout une victoire collective pour le rugby français. »
Sur le terrain, cette convention précise les modalités de mise à disposition des joueurs du XV de France. Tout en s’adaptant au cadre général fixé par la règle 9 de World Rugby, elle tient compte des spécificités françaises pour optimiser la performance des équipes nationales et des clubs. « La convention n’est idéale ni pour l’équipe de France ni pour les clubs, mais c’est la meilleure solution possible pour préserver notre modèle », souligne Lhermet.
La gestion des périodes de rassemblements – tournée d’été, tournée d’automne et Tournoi des Six Nations – est désormais clairement encadrée. Le nombre de joueurs convoqués, leurs durées de mise à disposition et leur possible retour en clubs sont définis, offrant ainsi une meilleure lisibilité à tous les acteurs.
Parmi les nouveautés, la tournée d’été, qui deviendra « le Bloc 1 » de la nouvelle compétition « Nations Championship » lors des années paires, permet au sélectionneur de choisir librement les joueurs pour partir en tournée. Auparavant, il était limité par le nombre de joueurs issus de la Finale du TOP 14. Cette souplesse intervient après des échanges avec les clubs pour évaluer l’état physique des joueurs.
Autre innovation notable, la gestion du groupe pendant le Tournoi des Six Nations. « 42 joueurs seront convoqués en début de semaine, mais seuls 28 seront conservés à partir du mercredi. » Cette rotation vise à limiter les allers-retours incessants entre clubs et Marcoussis et à offrir plus de visibilité aux clubs pour leurs entraînements.
La santé des joueurs est un axe majeur de la convention. En dehors des périodes internationales, la FFR et la LNR coalisent leurs efforts pour réguler les rythmes de jeu des joueurs les plus sollicités. Une expérimentation sera mise en place dès la saison 2026-2027, reposant sur des blocs de huit matchs, avec l’objectif de ne pas dépasser six matchs joués par bloc, garantissant ainsi deux week-ends sans match. Cette gestion partagée devra également s’inscrire dans un aménagement du calendrier international.
Ce dispositif fera l’objet d’un suivi par un groupe de travail mixte comprenant experts indépendants et représentants de la FFR et de la LNR, avec pour but d’évaluer son efficacité et d’adapter les règles si nécessaire. « Nous disposons aujourd’hui de nombreuses données scientifiques pour construire des règles vraiment pertinentes qui préservent à la fois performance et santé des joueurs. »
Concernant l’équipe de France à 7, la convention prévoit un fonctionnement spécifique. Avec les Jeux Olympiques de Los Angeles 2028 en ligne de mire, la FFR a conclu un accord avec les clubs via une liste « Objectif 2028 », permettant d’identifier jusqu’à trois joueurs prioritaires par club. Cette méthode repose exclusivement sur le dialogue et la coopération avec les clubs.
Cette souplesse est une volonté affirmée face aux préconisations internationales trop rigides. « World Rugby a évoqué une préconisation de 30 matchs maximum par saison, mais nous estimons que c’est une solution trop rigide. Trente matchs de 20 minutes ou de 60 minutes, ce n’est pas comparable. Et le profil du joueur, ailier de 20 ans ou pilier de 33 ans, change tout », commente Lhermet. Le choix se porte sur un cadre fondé sur le dialogue entre experts des clubs et staff des équipes de France. « Fabien Galthié est régulièrement en contact avec les managers. Deux fois par an, le staff du XV de France est accueilli en immersion dans un club pour un séminaire. Cela permet de comprendre leurs méthodes, leurs contraintes et de construire ensemble les meilleures solutions. »
Au-delà du haut niveau, la convention consolide aussi le rugby amateur. « Le rugby est un tout. Pour que le système fonctionne durablement, il doit être équilibré. La visibilité et la vitrine que représentent les clubs professionnels et les équipes de France doivent bénéficier aux 2 000 clubs français », rappelle Lhermet. La convention définit clairement les flux financiers entre clubs professionnels, Fédération et monde amateur. Elle priorise des actions clés telles que les centres territoriaux de formation (CTC), les antennes d’écoles de rugby et les activités du fonds de dotation.
Ainsi, la performance de l’élite nourrit durablement tout le tissu du rugby français, balisant la voie d’un avenir harmonieux et équilibré.







