L’ancien troisième ligne du XV de France, Olivier Magne, a livré son analyse sur la victoire bonifiée des Bleus contre l’Irlande, jeudi soir au Stade de France, dans les colonnes de Midi Olympique. Il se dit surpris et enthousiasmé par la stratégie offensive et l’intensité physique déployées par l’équipe de Fabien Galthié.
« Je ne m’attendais pas à voir l’équipe de France prendre autant d’initiatives. Il faut croire que Fabien Galthié et son staff envisagent autre chose. Ils ont peut-être compris que l’immense potentiel offensif de cette équipe n’avait pas été exploité. Et comme il n’est jamais trop tard, à deux ans de la Coupe du Monde, ils se lancent dans un jeu un peu plus ambitieux. C’est le bon moment. Face à l’Irlande, les Bleus ont imposé une grosse intensité sur le plan physique.
Les Français ont été dominateurs à ce niveau-là, avec des joueurs comme Mickaël Guillard capable de franchir le premier rideau. Si l’on excepte le premier quart d’heure, où il y a eu énormément de coups de pied de pression et d’occupation, on a vu des joueurs prendre des initiatives. C’est souvent Thomas Ramos, qui a initié ces séquences et encouragé ses partenaires à l’imiter. Matthieu Jalibert l’a suivi dans cette direction. Et avec des attaquants de cette qualité, des joueurs qui se connaissent bien au milieu du terrain, Jalibert, Moefana et Depoortère, ça donne un jeu avec un peu plus de mouvement. »
Olivier Magne justifie également la décision de Fabien Galthié d’accorder près de quatre jours de repos à ses joueurs après ce match intense. « Fabien a décidé d’offrir quasiment quatre jours de repos après l’Irlande parce qu’il a bien conscience que ce qu’il réclame est exigeant. Ces journées de récupération sont essentielles pour se décharger sur le plan physique, mais aussi émotionnel et cognitif. Les gens ne se rendent pas compte de la somme d’informations à encaisser durant les jours qui précèdent un match du XV de France. Cette charge cognitive, il faut savoir l’alléger pour permettre aux joueurs d’être performants.
Fabien a à sa disposition des joueurs de très grande qualité. Ce n’est pas parce qu’il va ajouter trois jours d’entraînement avec de l’intensité, de la stratégie, de la tactique, des séances vidéos, que son équipe sera plus performante. Ce sera plutôt de la surcharge, or c’est la fraîcheur qui est vraiment déterminante à ce niveau. Son choix est plutôt judicieux. Face à l’Irlande, on a vu beaucoup d’enthousiasme, de prises d’initiatives, des joueurs qui ont tenu l’intensité physique. »
Sur le plan tactique, Olivier Magne valide sans réserve l’idée de faire évoluer cinq troisièmes lignes au centre du jeu, comme vu lors de ce match face à l’Irlande. « Le poste de deuxième ligne aujourd’hui se confond avec celui de troisième ligne. Il n’y avait aucune inquiétude à voir Charles Ollivon et Mickaël Guillard dans la cage. Ils ont su soutenir leurs piliers, apporter de la hauteur en touche et de la mobilité pour coller à l’intensité voulue. Le rugby moderne requiert des joueurs interchangeables. C’est vers ça qu’il faut tendre et permettre sans cantonner les joueurs à un rôle, à un poste.
Affronter l’Afrique du Sud ou l’Angleterre, c’est s’adapter pour répondre au défi physique avec des joueurs peut-être moins enclins à participer à la production d’un jeu spectaculaire. Mais pour autant, ça répond à une demande précise, à un moment donné. D’où l’intérêt d’avoir des joueurs interchangeables. »
Enfin, l’ancien international défend les choix opérés par Fabien Galthié de laisser certains cadres de côté, comme Fickou, Penaud ou Alldritt, en ce moment. « Oui, mais je n’avais aucun doute sur des garçons comme Attisogbe ou Depoortère. Fabien a à sa disposition un réservoir de joueurs de très haut niveau important. Ces choix sont en liens étroits avec cette volonté d’apporter de la fraîcheur.
Après, il n’est pas interdit de penser que Fickou, Penaud ou Alldritt reviennent à un moment ou un autre quand ils auront justement retrouvé de l’énergie et de la fraîcheur. Intrinsèquement, on connaît tous la valeur de ces mecs. Fabien sait qu’il peut compter sur eux. Mais c’était sans doute le bon moment pour opérer ces changements. Le résultat et le contenu du match valident ces décisions. Après, la seule chose qui m’interroge, c’est de savoir quel est aujourd’hui le réel niveau de cette équipe d’Irlande. »







