James Hook, ancien ouvreur international gallois, s’est confié à Midi Olympique à la veille du match entre le Pays de Galles et la France, dressant un tableau sombre du rugby gallois actuel.
Aujourd’hui impliqué auprès des Ospreys, Hook précise : « Je travaille avec les buteurs et m’occupe notamment de Dan Edwards. J’interviens aussi avec les espoirs et l’académie. À côté de ça, je participe régulièrement à des émissions télé et nous avons publié un deuxième livre pour les enfants. Avec tout le reste, j’ai mis cette dernière activité entre parenthèses. »
Mais l’ancien joueur ne cache pas son inquiétude face à la crise qui frappe le rugby régional au Pays de Galles. La Fédération souhaite réduire à trois le nombre de régions professionnelles, avec pour conséquence probable la disparition d’une des deux franchises de l’ouest du pays, où se trouvent les Ospreys et les Scarlets. « La Fédération veut en supprimer une pour des raisons budgétaires. ‘On ne peut pas se permettre quatre régions’, c’est ce qu’ils nous disent. […] À l’ouest, il y a les Ospreys et les Scarlets. Ce qui veut dire qu’il ne peut en rester qu’une… »
James Hook alerte sur l’impact de cette décision : « La situation a empiré depuis que les propriétaires des Ospreys ont racheté Cardiff. Tout ceci est très triste pour les habitants de la ville et de toute la région. Il faut se rendre compte que les Ospreys sont la province la plus titrée des quatre, avec quatre Celtic League ou Pro12 remportés en 2005, 2007, 2010 et 2012. Swansea est la deuxième plus grande ville de la principauté. Ce serait renier un pan d’histoire : en 2003, Swansea, Neath, Aberavon et Bridgend avaient été invités à se réunir. Depuis, les Ospreys ont été la seule équipe à s’investir pleinement dans le rugby régional. Et voilà que 23 ans plus tard, on parle d’oublier tout ça. C’est aberrant. Les anciens joueurs et les supporters ne conçoivent pas qu’on raye ce club de la carte. »
L’ex-international reste cependant prudent face à l’incertitude qui règne : « On espère encore que ça s’arrangera mais la situation est préoccupante. Le plus problématique est que nous ne connaissons encore rien de la marche à suivre. On parle du départ des Ospreys, d’une autre région, mais la WRU n’a toujours rien annoncé. Savoir ce qui se passe permettrait à tout le monde de mieux appréhender la situation, de se concentrer et d’aller de l’avant. Or, l’incertitude qui règne est très perturbante pour tous, à commencer par les joueurs. »
Revenant sur la cause du déclin du rugby gallois, James Hook pointe une focalisation excessive sur l’équipe nationale au détriment des filières de formation : « Pendant longtemps, l’équipe nationale a connu un succès retentissant sous Warren Gatland. Nous nous sommes sans doute trop concentrés sur la sélection et avons négligé tout le reste. Après la Coupe du monde 2023, nous avons perdu beaucoup de joueurs expérimentés et nous n’avons pas réussi à les remplacer. Il est crucial de faire l’effort sur les académies et le rugby scolaire pour que les prochaines générations, d’ici 3, 4, 5 ans, soient mieux armées. C’est notre principal levier pour rivaliser avec la France ou l’Angleterre à terme. À mes yeux, la meilleure option est de conserver les quatre équipes et d’investir dans la formation. »
S’agissant du match à venir face au XV de France, il se montre lucide : « Ouah, ce sera difficile, très difficile. Si on regarde les performances de l’automne ou celles de la première journée, on peut mesurer l’écart entre les deux sélections. La France a été incroyable face à l’Irlande. Le seul problème de votre équipe, auparavant, était le manque de discipline. Avec Sean Edwards, elle a vraiment progressé sur ce point. Votre ligne de trois-quarts a une classe incroyable et votre pack est imposant, puissant. De son côté, le Pays de Galles n’a remporté aucun duel face à l’Angleterre et a souffert sur les phases statiques. Je pense que cela sera encore un problème dimanche. »
Enfin, James Hook déplore la désaffection du public gallois pour son équipe : « Ça résume parfaitement la situation du rugby gallois. À une époque encore récente, il était impossible de trouver un billet deux ou trois mois avant le Tournoi des 6 Nations. Désormais, le stade est à moitié vide. Que les supporters refusent de venir à cause de la situation, c’est vraiment triste. C’est comme s’ils avaient perdu espoir. Et je suis triste aussi pour les joueurs que je connais bien pour la plupart. C’est injuste car ils donnent le meilleur d’eux et ils n’ont pas le droit à la vraie ambiance du Principality Stadium. Quand on repense à ce que c’était il y a quelques années… C’est triste aussi parce que les gens ressentent de la honte, de la pitié pour nous… »
Un cri d’alarme venu d’un ancien champion, inquiet pour l’avenir du rugby gallois.







