Une semaine après les révélations sur les contrats d’image et de conseil d’Antoine Dupont et Anthony Jelonch, le Stade Toulousain prépare une riposte juridique d’envergure. Par la voix de ses avocats, le club a décidé d’attaquer en justice la légalité même du règlement du salary-cap, en saisissant le Conseil d’État.
L’affaire, complexe et potentiellement explosive, fait la une du journal L’Équipe qui en détaille les tenants et aboutissants. Au cœur du scandale : des montants perçus par les joueurs via des partenaires du club, comme Fiducial ou 3S-Alyzia, qui n’auraient pas été déclarés au « salary-cap manager », un système de contrôle des dépenses salariales instauré dans le rugby professionnel.
Selon Me Cavalié, avocat du Stade Toulousain, « Le Stade Toulousain a appris fin décembre l’existence d’un projet de contrat pouvant concerner Fiducial (actionnaire du club) et M. Dupont ». Pourtant, des supports vidéo et des publications présentant Antoine Dupont comme ambassadeur circulent depuis plusieurs années, ce qui complexifie la défense du club.
De son côté, l’avocat d’Antoine Dupont, Me Jean Iglesis, assure qu’« Il n’y a pas de contrat entre A. Dupont et Fiducial. S’il y avait quelque chose, ce serait entre Fiducial et Bros. »
Autre point sensible : Anthony Jelonch, qui aurait perçu 170 000 euros de la part de 3S-Alyzia pour des prestations d’ambassadeur jugées floues. D’autant plus qu’un acte sous-seing privé signé par le club garantissait au joueur le versement de cette somme directement par le Stade Toulousain si aucun partenaire ne se manifestait. Ce montage, assimilé à un complément de salaire déguisé, expose le club à une lourde amende pouvant atteindre 2 millions d’euros, la rémunération n’ayant apparemment pas été déclarée dans les délais requis.
Face à ces accusations de contournement, le Stade Toulousain dénonce un règlement « incohérent et illégal ». Me Cavalié détaille : « Le patron d’un club de rugby peut être désireux, c’est bien naturel, de rendre des services à ses joueurs et de leur présenter une société prête à la faire travailler. Ce n’est pas pour autant que la société en question va verser à ce joueur des sommes pour le compte du club. À partir de là, il n’y a aucune raison que ces sommes soient incluses dans l’assiette du salary-cap. Certes, le règlement l’impose. Mais il est tout à la fois incohérent et illégal sur ce plan. »
Pour justifier les honoraires versés à Antoine Dupont – environ 200 000 euros annuels par 3S-Alyzia –, son avocat invoque une comparaison évocatrice : « Même dans l’hypothèse où il n’assiste qu’à un seul événement où il reste pendant cinq heures, en quoi, pour un garçon comme Antoine Dupont, qui est aujourd’hui l’équivalent des plus grandes stars mondiales, est-ce critiquable qu’il perçoive 200 000 euros pour que la société le promène de table en table et qu’il échange avec des partenaires ? C’est le Johnny Hallyday de la soirée si je puis m’exprimer ainsi. »
Le Stade Toulousain s’apprête donc à porter cette bataille devant la justice administrative, adoptant une stratégie déjà utilisée par Montpellier ou Toulon.
Cette démarche soulève des interrogations, notamment au regard du silence antérieur de Didier Lacroix, président du club et vice-président de la Ligue Nationale de Rugby (LNR), qui n’a jamais remis en cause ce règlement auparavant.







