Imaginez un match de rugby où un joueur expulsé pour une grosse faute pourrait être remplacé après seulement vingt minutes. Ce scénario, qui divise la planète ovale, sera au cœur des débats lors de la réunion « Shape of the Game » à Londres ce 23 février.
D’un côté, la Nouvelle-Zélande plaide pour une expulsion temporaire afin de préserver le spectacle. Selon les All Blacks et leurs voisins, le carton rouge actuel est trop sévère, laissant une équipe en infériorité numérique trop longtemps et nuisant à l’équilibre des rencontres. Leur proposition : une suspension de 20 minutes avec possibilité de remplacement du joueur expulsé.
Mais cette vision choque la France, qui défend une « vision éducative du rugby » face à une « vision, disons « médiatique », de notre sport ». La Fédération Française de Rugby (FFR) n’entend pas transiger sur la discipline et la sécurité des joueurs.
Jean-Marc Lhermet, vice-président de la FFR, s’est exprimé dans Midi Olympique : « La position de la FFR, c’est la volonté de revenir en arrière, par rapport à l’expérimentation que nous connaissons depuis un an, soit l’idée que l’arbitre ne peut prononcer des expulsions définitives qu’en cas d’agression caractérisée et de jeu déloyal. Le reste, il doit l’envoyer au bunker, sachant que le bunker ne peut pas prononcer d’expulsion définitive. »
Pour les Français, un geste dangereux reste inacceptable, même s’il est involontaire : « Ceci est une remise en cause fondamentale du principe de sécurité du joueur. Il peut y avoir, sur un terrain, des gestes dangereux involontaires, car issus d’un mauvais placement ou d’un mauvais positionnement, mais ils méritent quand même, selon nous, un carton rouge. »
Le vice-président insiste sur l’importance de la sanction comme outil d’apprentissage : « C’est important en termes de communication, à une époque où le poids de l’image est tellement fort. Il est important qu’un arbitre puisse expulser définitivement un joueur, hors cas de jeu déloyal. La deuxième chose, c’est que même si ça va au bunker, il est important que ce bunker puisse donner un carton rouge définitif. Avec la réforme testée depuis un an, le bunker n’a le choix qu’entre le carton jaune et le carton rouge de vingt minutes. En fait, cette règle était déjà un retour en arrière par rapport à ce qui a fait faire beaucoup de progrès au rugby, c’est-à-dire la sanction de l’expulsion définitive. »
Et il conclut avec fermeté : « Oui, jouer à quatorze, ça pénalise l’équipe. Et tant mieux… C’est ainsi que les joueurs apprennent à se discipliner. »
Le verdict sur cette réforme – qui pourrait bouleverser les règles du jeu – sera rendu en mai prochain. En attendant, la France tente de rallier des alliés, notamment l’Irlande, pour s’assurer « que cette réforme soit déclarée inopportune ».







