Depuis une semaine, le Stade Toulousain, institution la plus titrée du rugby français, traverse une crise sans précédent. Au cœur de la tourmente : des accusations de dissimulation de contrats et de pressions exercées sur les médias. Face à ces révélations, le club a engagé une contre-attaque judiciaire et médiatique pour défendre son image.
L’affaire éclate suite à une enquête du journal L’Équipe, qui dévoile l’existence de contrats d’image reliant les vedettes Antoine Dupont et Anthony Jelonch à la société 3S-Alyzia. Selon le quotidien sportif, Toulouse aurait reconnu en 2023, lors d’une médiation confidentielle, avoir dissimulé une partie de ces revenus au « salary-cap manager » et réglé une amende de 200 000 euros.
Fermement contestées, ces allégations ont suscité une réaction virulente du club. Par l’intermédiaire de son avocat, Me Cavalié, le Stade qualifie de « délirante » l’idée d’un « pacte secret et occulte » destiné à contourner le plafond salarial via des sponsors. Le club affirme que ses comptes sont transparents et annonce son intention de « porter plainte pour diffamation ». Il « conteste formellement les accusations formulées » et promet que « des éléments d’informations seront apportés prochainement ».
La polémique a par ailleurs pris une dimension inquiétante en matière de liberté de la presse. Alexandre Priam, journaliste à Sud Radio, a livré un témoignage frappant dans le podcast « Le Ptit BURO ». Après avoir organisé un débat réunissant Frédéric Bernès, journaliste à l’origine de l’enquête à L’Équipe, il confie avoir subi une véritable vague de harcèlement et des pressions institutionnelles pour retirer le contenu. « Le débat Sud Radio ? Il est difficile à trouver. Vous imaginez que quand on a organisé ce débat, cela a été un peu tendu. Sur Sud Radio, quand on a lancé la communication, je me suis réveillé avec 350 notifications sur Twitter, j’ai reçu 127 messages d’insultes. Cela ne m’était jamais arrivé. Les gens me disaient que je voulais tuer leur club. Ce n’est pas mon travail. Je n’ai rien contre le Stade-Toulousain, je n’ai rien contre Antoine Dupont. On a eu des pressions de toute part : du Stade-Toulousain, d’avocats, des trucs de fou, c’est allé dans des sphères que je n’avais encore jamais vues. Donc pour protéger la radio et nous protéger nous des commentaires et de tout cela, le débat n’est pas disponible sur YouTube pour le moment. »
Au-delà du seul club, cette affaire soulève un enjeu majeur pour le rugby français. Si les accusations de dissimulation s’avéraient fondées, c’est l’équilibre financier de l’ensemble du Top 14 qui serait remis en cause. À l’inverse, si le Stade Toulousain parvient à prouver la légalité de ses pratiques, c’est alors la méthode d’investigation de la presse sportive qui sera questionnée.
Pour l’heure, le club dirigé par Didier Lacroix a opté pour une stratégie offensive, appuyée sur un constat d’huissier et la menace de poursuites judiciaires afin de faire taire ses détracteurs. Mais alors que les témoignages évoquant des méthodes de communication agressives se multiplient, la tension reste palpable autour d’une institution d’habitude si discrète.







