Le rugby français bat des records d’affluence. Avec près de 3 millions de spectateurs attendus en Top 14 pour la saison 2024-2025, le championnat de France connaît une popularité jamais vue, portée désormais aussi par la Pro D2. Cette montée en puissance des supporters transforme ces derniers en acteurs clés, autant sur le plan économique que politique.
« Ce qui donne de la valeur et sa légitimité à une compétition, c’est le remplissage de ses tribunes », souligne Éric Bayle, responsable du rugby chez Canal+, dans Midi Olympique.
Cette ferveur populaire se traduit par des retombées financières cruciales pour les clubs. Les recettes billetterie représentent environ 15 % de leur budget, soit une moyenne annuelle de 4,7 millions d’euros. Les stades Marcel-Deflandre à La Rochelle ou Ernest-Wallon à Toulouse, régulièrement pleins à craquer, illustrent cette dépendance économique.
Mais l’influence des supporters dépasse le simple domaine financier. Ils pèsent désormais sur les décisions sportives et stratégiques des clubs. Le RC Toulon incarne parfaitement cette pression populaire. Ses fans ont notamment déployé une banderole réclamant « moins de moutarde, plus de rugby » pour dénoncer le marketing excessif au détriment du jeu. Ils ont également adressé des lettres ouvertes fustigeant une « politique de l’autruche ».
À Perpignan, une pétition regroupant des milliers de supporters a même fait échouer le recrutement de Mohamed Haouas. Plus spectaculaire encore, les projets de fusion entre clubs historiques – Bayonne-Biarritz ou Racing-Stade Français – ont été stoppés net sous la pression populaire. Jacky Lorenzetti a reconnu : « J’ai entendu et compris les fortes réticences qu’a soulevées ce beau projet d’union. » Thomas Savare, président du Stade Français, avait lui aussi entendu « l’émotion, la surprise et l’incompréhension des supporters », insistant sur leur profond attachement « à l’indépendance du Stade français Paris, cet attachement passant devant toutes les autres considérations. »
Cette passion française captive aussi les étrangers. Jamie Ritchie, capitaine écossais de l’USAP, avoue : « Ce sont des ambiances que je n’avais jamais connues avant. La passion avec laquelle les supporters nous soutiennent, ça se rapproche de ce que l’on peut vivre au niveau international. »
Même les arbitres, souvent la cible des sifflets, reconnaissent la qualité de ces ambiances. Mathieu Raynal, arbitre international, nuance le sentiment de pression : « Avec leurs oreillettes moulées, les arbitres sont dans leur bulle. Ils entendent un peu le public mais tout compte fait, ce n’est pas une pression supplémentaire. C’est même agréable d’évoluer dans de grosses ambiances. »
Pour des clubs emblématiques comme Bayonne, Pau ou Perpignan, le public est devenu un véritable marqueur identitaire. Plus que jamais, les supporters français s’affirment comme les meilleurs ambassadeurs du Top 14 sur la scène internationale.







