Après chaque tournée estivale des Lions britanniques et irlandais dans l’hémisphère Sud, les nations qui fournissent le plus grand nombre de joueurs à ce XV légendaire en paient souvent le prix au début du Tournoi des Six Nations. Anglais, Irlandais, Gallois et Écossais, épuisés par un été extrêmement sollicité, peinent à enchaîner efficacement lorsque débute la prestigieuse compétition européenne. Une situation dont la France profite depuis plusieurs années, comme le souligne L’Équipe.
### Des statistiques qui favorisent les Bleus
Depuis 1998, les Lions ont réalisé sept tournées dans l’hémisphère Sud. À l’issue de ces expéditions, la France a remporté cinq des sept Tournois des Six Nations suivants, décrochant quatre Grands Chelems en 1998, 2002, 2010 et 2022. Seule l’Irlande, victorieuse en 2014 et 2018, a réussi à s’extraire de cette dynamique, sans doute grâce à un contingent moins nombreux que celui des Anglais ou des Gallois durant ces périodes. L’été dernier, les Lions étaient en Australie, une tournée qui, historiquement, pèse lourd dans la balance pour l’issue du Tournoi.
### Le poids physique et mental des tournées
La raison est connue : après la tournée des Lions, les joueurs concernés doivent immédiatement enchaîner avec leur club puis avec leur sélection nationale lors de la tournée internationale de novembre. Ce rythme infernal entraîne inévitablement une baisse de forme, des blessures fréquentes et une fatigue mentale accrue.
Le quotidien britannique The Times a récemment illustré ce phénomène à travers les performances en déclin de cadres irlandais tels que Dan Sheehan, Tadhg Beirne ou Jack Conan. Tous affichent une baisse significative de leurs statistiques : moins de plaquages, moins de courses balle en main, moins de mètres parcourus, moins d’essais et moins de défenseurs battus.
### Blessures et signes flagrants de fatigue
Le constat est similaire chez les Anglais. Plusieurs joueurs sélectionnés par Andy Farrell pour la tournée estivale ont accumulé les pépins physiques. Le pilier Will Stuart s’est notamment rompu le tendon d’Achille, symbole d’une usure corporelle progressive. Lors de la défaite à Édimbourg contre l’Écosse (31-20), le capitaine anglais Maro Itoje est apparu moins influent que d’habitude, au point d’être remplacé après seulement une heure de jeu, une première à ce niveau, révélant une fatigue palpable.
### Tommy Freeman évoque ouvertement l’usure
Cette lassitude est parfaitement exprimée par l’international anglais Tommy Freeman, qui détaille sans détour l’accumulation de matches et la difficulté de récupérer mentalement :
« Northampton m’a donné cinq semaines de repos, je pensais que ça allait, que mon corps avait bien récupéré. Le corps peut-être, mais pas la tête. En comptant la tournée des Lions, j’ai disputé 34 matches, ça fait beaucoup de rugby. Peut-être que j’aurais dû mieux gérer mes vacances, avec moins de voyages à travers le monde, et rester simplement assis au soleil. »
### Une chance historique pour la France
Pendant que les Britanniques tentent tant bien que mal de gérer les contrecoups physiques et mentaux des tournées, la France avance avec une fraîcheur et une dynamique supérieures. Avec un effectif dense, moins exposé à l’usure estivale et soutenu par une tradition favorable à ces cycles post-Lions, les Bleus ont toutes les cartes en main pour briller.
Si les chiffres ne racontent pas toute l’histoire, ils en disent long. Cette année encore, ils murmurent la même chose : quand les Lions s’épuisent à l’autre bout du monde l’été, la France se tient prête, souvent proche du trophée dès février.







