Depuis la rentrée, le rugby français expérimente un nouveau dispositif disciplinaire : le « carton orange ». Inspiré du carton rouge temporaire de vingt minutes testé par World Rugby, ce carton intermédiaire vise à sanctionner les fautes non intentionnelles ou le cumul de deux cartons jaunes, offrant ainsi une alternative à l’expulsion définitive.
Après 17 journées de Top 14, le bilan reste prudent avec seulement six cartons orange distribués. Mathieu Raynal, responsable de l’arbitrage français, attribue cette faible utilisation à une phase d’adaptation. « Quand on met en place quelque chose de nouveau, il faut un peu de temps pour comprendre comment l’utiliser. Il faut trouver le juste milieu et le juste milieu, c’est plus ce qu’on vit d’octobre à aujourd’hui, que ce qu’on a vécu au début de la saison. Le carton orange est à utiliser dans des situations qui divisent l’opinion. Ça représente peu de cas sur une saison, normalement pas plus de 10. Maintenant les mecs savent davantage comment l’utiliser et ça a plus de sens. Mais il y avait besoin de cette période d’adaptation, qui a duré trois mois », confie-t-il à L’Équipe.
Malgré cette volonté d’innovation, le carton orange divise les spécialistes. Raynal admet les limites de l’arbitrage : « Notre sport a une complexité telle qu’il y aura toujours des cas qui feront le débat. Ça fait aussi sa richesse. On peut mettre tout le nuancier de chez Tolens en carton, il y aura toujours du débat. On ne pourra pas traiter toutes les situations en faisant l’unanimité. »
Les critiques portent aussi sur l’impact de cette sanction sur la fluidité du jeu, comme le souligne Frédéric Charrier, entraîneur de l’attaque à Clermont : « Au niveau international, c’est beaucoup plus simple : ils mettent un carton jaune, il y a bunker, ils laissent l’arbitre vidéo prendre la décision et le jeu continue. Là, ils prennent du temps, car ça a quand même une incidence sur le match, sur le terrain tout le monde attend et le public aussi. C’est moins facile en Top 14 pour les arbitres qu’au niveau international. »
Par ailleurs, la récente réunion « Shape of the Game » de World Rugby a ravivé les débats autour d’une possible suppression du carton rouge définitif au profit du carton orange temporaire. Cette orientation inquiète notamment Joan Caudullo, manager de Montpellier : « Mettre un carton orange sur quelque chose de grave, pour moi, c’est déconnant. Quand tu fais une erreur sur un terrain de rugby, sans circonstances atténuantes, ça doit être sanctionné et tu finis le match à 14. »
Mathieu Raynal partage ces réserves : « Pour l’instant, je ne suis pas convaincu par l’utilisation du carton de vingt minutes. Je le suis encore moins par la ligne adoptée par World Rugby. Ils ont annoncé que le carton rouge définitif ne serait utilisé que pour des morsures, des coups de pied ou des coups de poing, soit des gestes hautement dangereux. En gros, ils veulent le faire disparaître au profit de celui de vingt minutes. Le problème, c’est que la sécurité des joueurs était un pilier fondamental et non négociable de notre sport, et qu’à l’heure actuelle, cette position est remise en question, puisqu’un acte de jeu déloyal grave ne sera pas forcément traité avec un carton rouge définitif. »
Le débat reste ouvert et sera au cœur de la réunion prévue le 13 mars à Marcoussis, où les principaux acteurs du rugby français se réuniront pour définir l’avenir de cette sanction controversée.







