À 17h30 à Édimbourg, le bus du XV de France quitte Murrayfield dans un silence lourd de désillusion. Après une défaite historique 50-40, ce temple du rugby s’est transformé en théâtre d’un cauchemar pour les Bleus, dont les valises sont désormais chargées d’amertume.
Le journal L’Équipe décrit ce moment chargé d’émotion où les joueurs quittent le stade. Antoine Dupont, capitaine « pâlichon » mais digne, est le dernier à sortir. Malgré le visage fermé, il s’arrête pour signer des autographes aux nombreux supporters restés l’acclamer avant de monter dans le bus. Quelques minutes plus tôt, lors de la conférence de presse, le capitaine affichait un moral en berne, une pâleur révélatrice de la déception.
Dans les coulisses, l’ambiance contraste étrangement : alors que le staff grignote pizzas et sushis, le capitaine écossais Sione Tuipulotu rit aux éclats, portant sur ses épaules le maillot d’Emmanuel Meafou, soulignant la nette domination des locaux.
Sur le terrain, les 40 points inscrits par les Bleus en fin de rencontre sont un mirage. Pour François Cros, ces essais marqués dans le dernier quart d’heure « sont anecdotiques, c’est un leurre. On prend un point de bonus qui peut compter mais les Écossais s’étaient relâchés aussi en fin de match. Prendre 50 points ici, dans un match international, c’est compliqué. » Le troisième ligne toulousain ne cache pas sa frustration : « On est frustrés, déçus, pas satisfaits. C’est une sensation compliquée parce qu’on est clairement passés au travers. On a été pris dans l’engagement. Dans l’état d’esprit et l’attitude, ce n’était pas l’image qu’on devait montrer sur un match comme ça. »
Thomas Ramos, toujours lucide, résume cet échec : « Une petite leçon de rugby. » L’arrière déplore une équipe « pataude » qui « a trop subi la loi du XV du Chardon » : « On leur a trop laissé le ballon, on a trop subi. (…) On a deux actions et on marque deux essais en début de match. Ensuite, plus rien. Ça nous montre que rien n’est acquis, qu’il faut travailler sans arrêt et rabâcher les choses si on veut rester performants. »
Cette remise en question englobe aussi l’aspect mental. François Cros l’admet sans détour : « On a dû se planter dans l’approche de ce match. On a donné une image un peu faible, c’est ce qui est dommage aujourd’hui. C’est dur de se manquer sur un match d’une telle importance. Peut-être qu’on s’est vu un peu beaux et qu’on a pensé à d’autres choses avant de penser à combattre aujourd’hui (hier). »
Malgré cette lourde défaite, les Bleus gardent une cible en vue : l’Angleterre. Le Grand Chelem est envolé, mais le trophée du Tournoi reste à portée de main. Un doublé, jamais réalisé par le rugby français depuis 2007, est encore possible en cas de victoire samedi prochain.
Thomas Ramos l’a rappelé avant de monter dans le bus : « On a encore un truc à aller chercher. » Et de conclure : « Sans le Grand Chelem, c’est moins prestigieux mais peu importe, c’est le même trophée au bout. »
Alors que les Bleus s’envolaient vers Marcoussis, les supporters français restés à Édimbourg tentaient de se consoler avec la défaite anglaise en Italie, une maigre lueur d’espoir avant une semaine de travail intense.







