L’ailier Palois Théo Attissogbe sera titulaire samedi soir avec les Bleus pour le choc face à l’Angleterre, un match crucial du Tournoi des Six Nations.
Dans une interview accordée à L’Équipe, le jeune international de 21 ans est revenu sur la défaite contre l’Écosse, subie le week-end dernier. Malgré la frustration, il refuse de s’attarder sur cet échec. « On est forcément tous déçus et frustrés. Cette défaite fait mal, bien sûr, parce qu’on pouvait aller chercher un titre dès cette rencontre et même penser au Grand Chelem. Mais il ne faut pas la ressasser. Ce n’est pas ça qui nous fera avancer de toute façon. On l’a débriefée de manière très lucide puis on a basculé sur l’Angleterre. On a la possibilité d’aller chercher quelque chose de très grand ce week-end. C’est une finale. On a encore notre destin entre les mains pour gagner le Tournoi. On a tous vraiment envie de montrer un autre visage individuellement et collectivement. »
Jamais encore aligné en match international contre l’Angleterre, Attissogbe avoue l’excitation ressentie à l’approche de ce rendez-vous historique, qui marque les 120 ans du « Crunch ». « Oui, j’ai joué contre les Anglais chez les jeunes et l’été dernier, à Twickenham (avec France développement, 24-26), avant la tournée en Nouvelle-Zélande, mais ça ne comptait pas comme une sélection. Là, c’est un sacré rendez-vous. On connaît l’histoire de ces confrontations entre les deux équipes et leur rivalité. Il y a forcément de l’excitation en raison du contexte, de l’adversaire et les 120 ans du Crunch. Ça fait partie des rencontres qu’on a envie de jouer quand on est gamins. »
Il évoque aussi avec émotion un souvenir marquant : « La première image qui me vient tout de suite, c’est l’essai de Wesley Fofana (en 2013) à Twickenham. C’était ouf. J’appréciais beaucoup ce joueur et c’était une action de classe mondiale. »
Pour lui, remporter le Tournoi des Six Nations est un rêve d’enfant enfin à portée de main. « Un rêve de gosse. Tout mon esprit est rivé vers ça parce que c’est quelque chose de tellement grand. Depuis l’âge de cinq ans, j’ai toujours regardé les matches du Tournoi des Six Nations. J’adorais ça. C’est assez fou d’y être aujourd’hui. Je m’en rendrai peut-être encore plus compte dans quelques semaines. Grand Chelem ou pas, la coupe, c’est la même, comme l’a dit Thomas (Ramos) plusieurs fois. Une victoire dans le Tournoi, c’est déjà énorme. »
Blessé en début de saison, le jeune ailier ne s’attendait pas à jouer tous les matches dans la peau d’un titulaire indiscutable. « Dès le jour où je me suis blessé (contre Clermont le 20 septembre), j’ai travaillé pour ça, avec le Tournoi dans un coin de la tête. Aujourd’hui, je savoure et je vis encore plus pleinement chaque moment. Je ne me prends pas la tête, surtout. C’est ce que j’essaie de faire sans trop tergiverser. Je me dis que c’est cette insouciance qui m’a peut-être amené là où je suis aujourd’hui. J’essaie de ne pas la perdre parce que ça peut être un moteur pour moi. J’en ai besoin dans mon jeu. J’aime quand ça joue à l’instinct et qu’il n’y a pas trop le temps de décider. »
Avec 9 essais en seulement 12 sélections, Attissogbe savoure son début de carrière prometteur. « Oui, c’est cool. J’ai envie que ça continue. C’est vraiment plaisant mais je veux aller plus haut. J’ai la chance d’évoluer dans cette équipe qui marque beaucoup d’essais et qui est vraiment projetée sur l’attaque avec un jeu total. Quand on est ailiers, on a forcément des situations favorables. Offensivement, c’est un régal de jouer avec ces mecs-là. »
Certains ont même vu en lui une ressemblance avec le légendaire Serge Blanco, ce qui le fait rire : « (Rires.) Oui, ça fait plaisir mais c’est parce que je jouais à l’arrière (sur le premier test-match) et que je suis métis. Plus sérieusement, j’essaie de me donner les moyens d’évoluer dans mon jeu et de répondre aux attentes du staff. C’est ça qui me drive tout au long de mes journées. Quand tu évolues en équipe de France, tu es forcément attendu mais j’essaie toujours d’être assez détaché de tout ce qui se dit et de me protéger. Et dès que j’ai l’occasion de porter ce maillot, je me transcende pour l’équipe. »
Ce soutien, il le recevra samedi au Stade de France, entouré de ses proches. « Oui, ma famille, mes proches, mes amis seront au stade. Ce ne sont pas des moments anodins et c’est encore mieux de les partager avec eux. C’est très important pour moi. Ils venaient très souvent me voir jouer quand j’étais enfant. Et là de me dire qu’ils seront au Stade de France, c’est fort. J’ai aussi assisté à beaucoup de finales de Top 14 au Stade de France avec mon père. Samedi, il sera dans les tribunes en train de me regarder. Le clin d’œil est sympa. »
À quelques heures de ce qui pourrait être un tournant dans sa carrière, son message est limpide : « Je n’ai pas dix rêves cette semaine. Le seul est de gagner le Tournoi des Six Nations. (Il le répète trois fois.) Ça prend tellement de place dans ma tête. Il n’y a que ça qui compte. J’ai hâte d’y être. »







