Fabien Galthié, serein mais toujours aussi précis, s’est livré au Terrass Hôtel de Montmartre, cinq jours après un doublé historique dans le Tournoi des Six Nations, une première depuis 2007. Le sélectionneur des Bleus a fait le point sur l’actualité de son équipe, entre gestion du stress, émergence de nouveaux talents et éclairages sur les cadres absents.
**Le braquage du Crunch : « On travaille sur des scénarios comme ça »**
Alors que le stade retenait son souffle face à l’Angleterre, Fabien Galthié observait les mécanismes se dérouler comme prévu. Pour lui, la victoire grâce à la pénalité de Thomas Ramos n’est pas une surprise, mais le résultat d’une préparation millimétrée.
« Sur ce coup-là, on est à 77 minutes et trente secondes de jeu », explique-t-il à *Midi Olympique*. « Or, depuis sept ans, on travaille à l’entraînement sur des scénarios comme ça, sur ce minutage précis : un point d’écart, une décision à prendre. La situation, on l’a aussi rencontrée contre l’Afrique du Sud, en 2023. Du haut des tribunes, je me dis qu’il va se passer des choses et je me demande : “A-t-on appris de nos expériences passées ?” […] Matthieu Jalibert perce le rideau anglais, trouve Pierre-Louis Barassi, lequel a la possibilité de faire la passe sur un dos pour Théo Attissogbe, qui est alors seul au monde. Il fait le choix de garder et on arrive dans leurs 22 mètres. Il y a une première faute de Pollock, qui arrache le ballon à Thibaud Flament alors que notre joueur a les deux genoux au sol. Elle n’est pas sifflée mais aucun de nos joueurs ne lâche ou ne lève les bras au ciel, ce qui aurait pu envoyer un mauvais message à l’arbitre (Nika Amashukeli). »
Le coach savoure ce succès d’autant plus que le doublé est un exploit rare. « Là, Pollock relance, est contré par Théo Attissogbe et on reprend la possession. Il y a alors une série de fautes anglaises, hors-jeu, plaquage haut, tête contre tête… Trois fois ! Pam, pam, pam ! Quand la faute est sifflée, je regarde Thomas, juste Thomas. Je le vois se retourner les bras levés, comme le golfeur qui frappe une bonne balle. Et puis, je réalise : on a fait le back to back : gagner le Tournoi, c’est très dur ; mais le gagner à nouveau, ça l’est encore plus. Je n’ai pas d’effusion parce que je vis le moment en conscience. »
**Discipline et bonheur retrouvé**
Toujours adepte du contrôle émotionnel, Galthié s’est toutefois permis une libération au coup de sifflet final. « Quel bonheur, quand j’y repense. Je dis souvent à mes joueurs que je n’aime pas les voir trop célébrer les essais en cours de match. Qu’il est surtout important de célébrer à la fin. C’est ce qu’ils ont fait, samedi soir. Je les revois tous, au coup de sifflet final, les bras levés. »
**Les nouveaux leaders et le cas des cadres absents**
Si Matthieu Jalibert a enfin décroché un titre majeur avec les Bleus — « Il était important qu’il gagne une compétition avec nous » —, ce Tournoi 2026 est surtout marqué par l’émergence de nouvelles figures. « L’an dernier, Louis Bielle-Biarrey avait été la révélation avec Paul Boudehent. Cette année, nos révélations se nomment Théo Attissogbe et Oscar Jegou. Quelle activité, quelle présence autour du ballon, quel talent. »
Cette montée en puissance s’est toutefois opérée sans certains cadres historiques. Galthié assure penser à eux à chaque appel : « À chaque formation de la liste des 42, j’ai pensé à Grégory Alldritt, Damian Penaud et Gaël Fickou. Ils faisaient tous partie du spectre. »
**Cap sur l’Hémisphère Sud : « Cette dernière action, c’est vous »**
Le sélectionneur prend déjà appui sur ce final héroïque pour préparer la tournée d’été en Nouvelle-Zélande et en Australie. « Il y a une pression sur nous, joueurs et staff, qui me va bien. On doit travailler, on doit progresser. Je veux féliciter la compétence, la solidarité et l’engagement de mon staff. Je voudrais aussi, par le prisme de la dernière action du crunch, mettre en avant la détermination de mes joueurs, à qui il reste deux minutes pour gagner cette putain de compétition. Cette image, je vais leur remontrer au prochain rassemblement et leur dire : voilà qui nous sommes, voilà qui vous êtes. Cette dernière action, c’est vous, messieurs ! »
Avec cette victoire gravée dans les mémoires, Galthié a déjà enclenché la marche vers de nouveaux défis, porté par une équipe à la fois expérimentée et renouvelée.







