
Le retour sur les terrains de Matthias Haddad est une bouffée d’oxygène pour l’Apivia Parc et le Stade Rochelais. Après une période d’incertitude marquée par plusieurs alertes neurologiques, le troisième ligne rochelais, champion du monde U20, retrouve enfin le plaisir de la compétition.
Éloigné des pelouses depuis une commotion cérébrale survenue lors du déplacement à Bayonne en décembre dernier, le joueur de 25 ans a traversé un protocole médical strict, imposé par World Rugby, destiné à garantir sa santé avant toute reprise.
Victime de collisions répétées à la tête, Matthias Haddad a passé une batterie de tests rigoureux, incluant des consultations spécialisées pour détecter d’éventuelles séquelles. Ce parcours, “un protocole neurologique de haute sécurité”, a abouti à un feu vert médical salué par le joueur qui confie à l’AFP : « J’ai le plaisir d’être de retour sur les terrains ».
Dans une interview accordée au Figaro, Haddad revient sur ces mois difficiles, entre peur et acceptation. « Forcément on grandit, parce que c’est une étape difficile en tant que joueur de rugby, mais aussi en tant qu’homme. C’est une pression non volontaire, médiatique, de savoir si on va rejouer ou pas, sachant qu’on ne maîtrise pas forcément la décision finale. »
Il avoue avoir craint de ne plus jamais pouvoir rejouer. « Il y a deux ans, après une récidive au niveau du ligament latéral de mon genou, j’avais les mêmes incertitudes, mais c’était moins médiatisé. Aujourd’hui, ça me fait beaucoup plus apprécier le fait d’être sur le terrain, je prends énormément de plaisir, je mesure la chance que j’ai. Le maître mot pour moi c’est le plaisir, je le note chaque semaine dans mon cahier et c’est important pour moi d’être avec mes copains, de jouer, de faire ce que j’aime. »
Malgré la crainte d’un arrêt définitif de sa carrière, Haddad dit avoir fait face à cette éventualité sans déni : « Forcément, c’était une option, donc il ne fallait pas être dans le déni et ne pas le fuir. Maintenant, il y a toujours pire dans la vie. Et parfois, ça aide aussi à accepter les choses. Je n’avais pas envie d’arrêter mais si j’étais obligé, je n’allais pas me voiler la face et j’allais accepter le sort. Aujourd’hui ce n’est pas le cas et j’en suis très heureux. »
L’évolution de la prise en charge des commotions cérébrales dans le rugby lui donne ainsi confiance. « Ça fait peur si j’avais été à leur époque. Aujourd’hui, on a beaucoup avancé, que ce soit dans la science, la prévention, et c’est très bien parce que ça me permet aussi d’avoir l’option d’arrêter ou non, par rapport aux connaissances qu’ils ont sur des études, sur des suivis médicaux. J’ai la chance d’avoir un protocole qui permet d’être suivi tout au long de ma carrière pour savoir si un jour ça ne va pas, donc c’est primordial. »
Le joueur ne ressent plus d’appréhension pour sa santé mentale en reprenant la compétition. « Non, je n’ai pas d’appréhension ni une quelconque inquiétude par rapport à mon cerveau parce que je suis prêt, je vais bien, et c’est l’essentiel. Parce que demain, si ma santé est vraiment mise en danger, j’arrêterai, c’est sûr. »
Touché par le cas de son ami et coéquipier Uini Atonio, Haddad partage son émotion : « Oui, bien sûr. C’est terrible ce qui est arrivé à Uini, un proche et un très bon ami, donc c’était difficile et dur à encaisser. Maintenant, il est toujours vivant, c’est aussi ce qu’il faut dire. Il faut toujours prendre le positif, il a toujours le sourire, il est toujours présent et c’est un peu une leçon de vie. On se sent petit à côté de mecs, de légendes comme ça, et ça me permet de relativiser et d’accepter un peu plus la situation. »
Enfin, Matthias Haddad explique avoir adapté son approche mentale et physique du jeu pour limiter les risques de nouvelles commotions. « J’ai beaucoup travaillé avec le staff pour ne pas avoir d’inquiétudes sur le physique ou sur le rugby. Avec cette notion de plaisir, je me prends beaucoup moins la tête et c’est quand je me prenais la tête, que je voulais prouver, que je faisais les choses à l’envers et qu’il se passait de mauvaises situations. C’était une dimension mentale. Là, j’ai travaillé avec des préparateurs mentaux, des psychologues. C’est important de parler, d’appuyer, de mettre le doigt là où ça ne va pas, de le pointer du doigt. »
Le Stade Rochelais peut désormais compter sur un Matthias Haddad plus sage, plus serein et plus déterminé à savourer chaque instant passé sur le terrain.







