Une nouvelle polémique judiciaire frappe le rugby français. Selon des informations exclusives de L’Équipe, le Parquet national financier (PNF) a finalisé un dossier de 134 pages accablant contre Claude Atcher, l’ancien directeur général de la Coupe du monde 2023. Le PNF envisage des poursuites pour « favoritisme, prise illégale d’intérêts et corruption ».
L’enquête, ouverte en 2022 suite à un signalement de l’Inspection générale des finances, révèle un système de privilèges et de liens financiers douteux entre Claude Atcher et son ami de longue date, Henri Mioch.
Au cœur de l’affaire, l’acquisition massive de billets. Henri Mioch, ex-joueur de Béziers et patron de la société d’événementiel Harlequin’s, a obtenu 733 billets pour un montant total de 155 000 euros, alors que la vente au grand public était limitée à six billets par personne. Le PNF est convaincu que cette opération a été orchestrée sur ordre direct d’Atcher. Matthieu Blondeaut, responsable de la billetterie, a confié être « difficile de dire non à son supérieur ».
Si Mioch reconnaît avoir « fait le con » en utilisant une quinzaine de cartes bancaires pour ces achats, il affirme ne pas avoir cherché le profit, mais « faire plaisir à des amis ». Pourtant, les enquêteurs ont découvert des tentatives de revente avec une marge pouvant atteindre 50 %.
Le PNF soupçonne que ces facilités ont été octroyées en échange de contreparties financières dissimulées, via les sociétés des deux hommes. Plusieurs irrégularités ont été relevées entre Harlequin’s et les SCI de Claude Atcher : un loyer de 2 000 euros pour un appartement à Saint-Denis, des travaux pris en charge par la société de Mioch, ainsi que la location d’une villa dans le Gard au double du prix du marché, pour une résidence finalement inoccupée.
Plus surprenant, la société Harlequin’s aurait également réglé plusieurs factures personnelles liées au mariage de Claude Atcher en 2019, notamment les chambres d’hôtel pour les invités, des trajets en VTC ainsi que des repas dans des restaurants parisiens. Une écoute téléphonique montre la cheffe de cabinet d’Atcher demandant à « son petit Henri » de s’occuper de ces dépenses. Claude Atcher justifie ces paiements comme un simple « cadeau de mariage ».
Le dossier dresse le portrait d’un dirigeant aux pouvoirs quasi illimités. Bernard Laporte, entendu dans le cadre de l’enquête, rapporte qu’Atcher lui répétait sans cesse : « Lis la convention constitutive, j’ai tous les pouvoirs ». L’ancien président de la FFR estime que la proximité d’Atcher avec les sommets de l’État, notamment Jean Castex, a pu lui donner un « sentiment d’impunité ».
De son côté, Me Moyne, avocat de Claude Atcher, assure que son client « rejette avec la plus grande fermeté l’intégralité des mises en cause » et dénonce une instruction qui ne tiendrait pas compte des réponses fournies par son client.
Pour l’heure, Claude Atcher et Henri Mioch restent « présumés innocents ». Le PNF doit désormais décider s’il engage officiellement des poursuites devant un tribunal.







