Contrairement à la majorité des poids lourds du Top 14, le Racing 92 a choisi de ne pas s’appuyer sur un ouvreur numéro un tout au long de la saison. Là où Toulouse fait confiance à Romain Ntamack, Bordeaux à Matthieu Jalibert ou La Rochelle à Antoine Hastoy, le club francilien a opté pour une stratégie d’alternance.
Sous les ordres de Patrice Collazo, Ugo Seunes, Antoine Gibert et Geronimo Prisciantelli se sont relayés au poste de demi d’ouverture, favorisant la concurrence et la montée en puissance collective de l’effectif. Autrefois, le Racing misait sur des stars internationales à ce poste, avec des joueurs comme Dan Carter, Jonathan Sexton, Finn Russell ou Johan Goosen. Désormais, c’est vers la jeunesse que le club a tourné ses ambitions.
Arrivé d’Aurillac à l’été dernier, Ugo Seunes s’est rapidement imposé comme une révélation en début de saison. Le jeune ouvreur de 25 ans a même attiré l’attention de Fabien Galthié, qui l’a intégré dans le groupe élargi du XV de France pour la tournée d’automne et le Tournoi des Six Nations. S’il a débuté titulaire lors de six des neuf premières journées, Seunes a toutefois traversé des phases plus délicates en plein cœur de l’hiver.
Le Racing a alors fait appel à un visage familier : Antoine Gibert. Fidèle au club depuis dix ans, ce dernier, après un temps de jeu limité en première partie de saison, a progressivement repris une place centrale dans le dispositif de Collazo. Mais, pour le manager, le choix ne se limite pas à ces deux joueurs.
« N’oubliez pas Geronimo Prisciantelli. Dans la construction de la semaine, il est prépondérant. »
Patrice Collazo reconnaît que ses ouvreurs ont connu des hauts et des bas au fil des mois, ce qui a parfois déstabilisé la charnière. Le technicien explique à L’Équipe :
« Nos ouvreurs ont eu des hauts et des bas au cours de la saison. Pour notre charnière, ça a souvent tangué. Ils ont été exposés. »
Il ajoute toutefois que le manque de maîtrise collective a aussi pesé sur la performance individuelle :
« Mais c’est aussi parce que collectivement, nous n’avions pas assez de maîtrise pour mettre notre 9 et notre 10 dans un certain confort. »
Et d’insister sur le manque d’expérience :
« Si vous calculez, en termes d’expérience et de vécu, je pense que nous avons la 14e charnière du Top 14. Mais en termes de volonté et d’envie de progresser, on a des joueurs hyper investis. »
Pour Collazo, la diversité des profils à l’ouverture est un atout majeur :
« Chacun de nos ouvreurs apporte un truc différent. Il y en a qui sont plus à l’aise quand ils entrent, d’autres quand ils attaquent le match. Il y en a qui ont besoin d’être sur le banc pour voir les choses. »
Le manager insiste également sur le travail d’adaptation réalisé cette saison :
« Autant on connaissait « Gibus », autant il a fallu apprendre à connaître Ugo et Geronimo. Et eux aussi ont dû apprendre à nous connaître, tout en s’adaptant à un nouveau Championnat et une nouvelle équipe. »
Cette gestion collective s’inscrit dans une philosophie plus large. Le Racing 92 a aligné 45 joueurs différents cette saison, sans jamais présenter deux fois la même composition d’équipe.
« On a recruté 16 nouveaux joueurs à l’intersaison et il fallait créer des connexions. Pour faire monter ce groupe en compétence, on savait qu’il ne fallait pas dépendre d’un ou deux joueurs. »
Le même principe s’applique au capitanat, partagé entre plusieurs cadres tels que Max Spring, Romain Taofifenua, Josh Tuisova ou Jordan Joseph.
« Tout comme c’est impossible d’être bon onze mois dans l’année, ce n’est pas possible d’être à fond dans le rôle de capitaine toute une saison. »
À l’heure d’affronter Toulouse dans un match crucial pour la qualification, le Racing 92 mise donc sur la force du collectif, refusant de reposer sur une seule individualité.







