Samedi soir, Enzo Forletta foulera enfin la pelouse du Stade de France pour la finale du Top 14 face au Stade Toulousain. Un moment qu’il avait dû manquer en 2022, malgré une saison remarquable avec Montpellier.
Aujourd’hui, à l’aube de rejoindre l’USAP après six saisons au MHR, le pilier gauche affiche une double motivation : offrir un dernier sacre à Montpellier et laver son honneur. « Certains m’ont enterré un peu vite », confie-t-il, dévoilant une revanche personnelle longtemps tue.
Dans un entretien accordé à RMC Sport, Forletta revient sur des années difficiles, où il a été mis à l’écart au sein du club héraultais. « J’ai vécu des années compliquées ici, où certains m’ont un peu mis sur le côté en expliquant, en gros, que je ne ferais plus rien. Moi, je savais qu’ils se trompaient. Je savais que j’avais encore le niveau, encore des choses à apporter. » Il évoque même des rumeurs de prêt en Pro D2 qui l’avaient profondément marqué : « J’aurais envie de leur dire… Et leur serrer la main à la fin et leur dire : tiens, merci, au revoir. » Malgré tout, son attachement à Montpellier reste intact : « J’y ai construit ma famille, j’y ai vécu énormément de choses, donc Montpellier gardera toujours une place particulière pour moi. »
Sur le terrain, Forletta voit dans cette équipe une continuité avec le MHR champion en 2022, notamment dans l’état d’esprit collectif et la solidarité. « On retrouve cette capacité à ne rien lâcher, cette énergie collective. » Il note cependant une évolution dans le style de jeu, plus axé aujourd’hui sur la puissance physique et la domination dans les phases statiques.
Selon lui, Montpellier a franchi un cap mental au fil de la saison, gagnant en confiance face aux « grosses équipes » : « Avant Noël, on a commencé à enchaîner de solides performances. Puis après des matchs comme La Rochelle ou Clermont, on a vraiment cru à quelque chose d’intéressant à aller chercher dans la qualification. »
Le pilier souligne également le travail quotidien effectué en mêlée, où le groupe a trouvé une des clés de sa réussite. « C’est un secteur où tout peut basculer très vite. Tu peux être très fort un week-end et te faire secouer le suivant si tu te relâches. » Toute l’équipe, et notamment le pack, se remet constamment en question pour maintenir ce niveau. Un travail minutieux guidé par l’entraîneur Didier Bes fait la différence.
Cette finale représente pour Forletta une véritable revanche personnelle. En 2022, il avait dû regarder ses coéquipiers soulever le Bouclier de Brennus depuis les tribunes, victime d’une blessure au pire moment. « J’avais fait toute la saison, et au final j’ai raté les deux matchs les plus importants. C’est dur, parce que j’estime que j’aurais mérité de les jouer. » Cette fois, il sait qu’il sera sur le terrain : « Quoi qu’il arrive, si je suis sur le terrain, je n’aurai pas ce regret-là. »
Avant de tourner la page Montpellier, Enzo Forletta rêve d’une ultime image forte. « Une carrière, ce sont des sacrifices. Et quand tu as l’impression qu’on te met de côté sans réelle explication, ça te touche. » Cette finale, il veut la jouer pour répondre sur le terrain, prouver qu’il avait encore sa place. « Si je peux finir cette aventure ici avec un titre et en montrant que j’avais encore ma place, oui, forcément, ça aura une saveur particulière. »







