Samedi soir, au Stade de France, Teddy Thomas disputera sa toute première finale de Top 14, un rendez-vous longtemps attendu pour l’un des ailiers les plus talentueux de sa génération. Pourtant, son parcours n’a jamais été un long fleuve tranquille.
Longtemps perçu comme un immense espoir du rugby français, souvent critiqué et parfois incompris, Teddy Thomas semble aujourd’hui avoir trouvé au Stade Toulousain l’environnement idéal pour enfin exprimer pleinement son potentiel. Auteur d’une saison remarquable avec seize essais, il s’apprête à vivre le plus grand moment de sa carrière en club.
« Je pense que je vais vivre les meilleures années de ma carrière », confie l’ailier, dont l’arrivée à Toulouse l’été dernier a radicalement relancé la trajectoire. Dans les colonnes de Midi Olympique, Teddy Thomas avoue avoir enfin trouvé le club qui lui correspond. « Ugo Mola me dit souvent : « Franchement, mais qu’est-ce que tu as été con de ne pas venir avant ! » Depuis tout petit, le jeu qui me correspondait le plus, c’était évidemment celui du Stade toulousain. Et on a été très souvent en contact pendant ma carrière. J’avais fait d’autres choix, osés, en me disant : « Je sais que j’arriverai à venir au Stade toulousain au bout d’un moment. » »
Aujourd’hui, l’ancien joueur du Racing avoue avoir trouvé l’équilibre qu’il recherchait depuis longtemps. « Une carrière de sportif de haut niveau n’est pas dictée que par tes rêves et tes envies. Il y a d’autres paramètres qui entrent en compte. Et il faut aussi s’infliger une certaine rigueur pour venir ici. Je ne suis pas sûr, quand j’étais plus jeune, que j’aurais pu me l’imposer en sachant qu’elle est quand même très, très haute au Stade toulousain. Maintenant, j’y suis. Et je pense que je vais vivre les meilleures années de ma carrière rugbystique. Que ce soit sur le terrain ou en dehors. Toutes les conditions sont réunies pour que je sois bien. »
Avant de retrouver ce bonheur à Toulouse, Teddy Thomas a connu des passages à vide, en grande partie liés aux critiques récurrentes dont il a fait l’objet. En 2023, le trois-quarts décrivait le poids de cette image parfois injuste : « La façon dont on me décrit ne correspond pas à la réalité. Si vous demandez à n’importe qui me connaissant réellement, amis et famille : « Reconnaissez-vous le Teddy Thomas que vous lisez dans la presse ? », ils vous répondront « pas du tout ». Je pense aussi que de nombreuses personnes avaient de très grandes attentes envers moi. J’ai dû décevoir pas mal de monde, des gens qui en sont devenus énervés et ont dit des choses pas très gentilles. C’est comme ça et je sais que ça va continuer. C’est ma vie, c’est ma carrière. »
Cette pression constante a parfois suscité chez lui une certaine lassitude. « Je suis content, après dix ans, d’être encore en Top 14 car ce n’est pas facile. (…) Il y a des hauts et des bas et parfois je me dis : « Je ne vais pas continuer longtemps comme ça. » En tant qu’être humain, on est parfois saoulé. Mais la lassitude finit toujours par passer. »
Malgré plus de dix saisons au plus haut niveau, Teddy Thomas n’a encore jamais soulevé de trophée sur le terrain. S’il était présent lors du titre du Racing en 2016 ou des sacres européens de La Rochelle, il n’avait pas pris part aux finales. Depuis plusieurs années, il affirme que cette quête de la victoire prime sur toutes les autres statistiques individuelles. « Ce n’est pas le nombre d’essais que j’aurais marqués qui restera. C’est important, bien sûr, et j’ai envie de laisser une trace à ce niveau-là aussi mais ce n’est pas ce qui compte le plus. Les trophées, quand tu te lèves le matin, il n’y a que ça que tu peux regarder et te dire : « Ça, je l’ai gagné, on ne me l’enlèvera pas. » »
Samedi, face à Montpellier, Teddy Thomas aura peut-être enfin l’occasion d’effacer ce dernier vide de son immense carrière. Après plus d’une décennie parmi les meilleurs joueurs français, il est à seulement quatre-vingts minutes de décrocher ce premier grand titre qu’il pourra célébrer enfin sur la pelouse.







