
La préparation estivale a laissé place à une toute autre bataille pour de nombreux rugbymen girondins. Depuis plusieurs jours, joueurs, entraîneurs et bénévoles ont délaissé les terrains pour prêter main-forte aux pompiers mobilisés contre les violents incendies qui ravagent le nord du Bassin d’Arcachon.
À bord de leurs pick-up, ils ravitaillent les secours, surveillent les reprises de feu, organisent la logistique et accueillent les sinistrés. Un engagement spontané, motivé par une seule idée : protéger leur territoire.
« J’ai vu un mur de flammes passer derrière la maison »
Ailier du Rugby Club Lège-Cap-Ferret et ancien militaire, Mathieu De Amorim vit cette catastrophe au plus près depuis le premier jour. Sa famille a dû être évacuée lorsque les flammes se sont approchées de leur maison.
Le joueur raconte dans Midi Olympique le moment où il a compris l’ampleur du drame.
« J’avais mes parents, ma femme et mes enfants à la maison. Ils ont tous été évacués de Lège. Moi, je suis resté. J’ai vu un mur de flammes passer derrière la maison, à une cinquantaine de mètres. Là, j’ai compris que ça allait être compliqué. On a passé une nuit blanche. On a attendu le feu, et il n’a pas mis longtemps à parcourir quinze kilomètres. »
Le lendemain, malgré la fatigue et les risques, il revient immédiatement pour aider les secours.
Le rugby s’efface devant l’urgence
Au stade de Lège-Cap-Ferret, les entraînements ont rapidement laissé place à une vaste organisation de solidarité. Les groupes de discussion des équipes se sont transformés en cellule de coordination pour les bénévoles.
Mathieu De Amorim décrit l’élan collectif qui s’est créé autour des secours.
« Sur le groupe de l’équipe, les mecs disaient : « Les gars, il faut faire quelque chose. » Les forces de l’ordre et les pompiers ont vite compris qu’on ne venait pas pour autre chose que les soutenir. Pompiers, gendarmes, agriculteurs, chasseurs, bénévoles, rugbymen, tout le monde travaille ensemble. Ça devrait tout le temps être comme ça, bordel. »
« On ne parle jamais de rugby »
Entraîneur de Lacanau, Valentin Gallencher explique que les priorités ont totalement changé. Les compositions d’équipe, les séances physiques et les objectifs sportifs sont passés au second plan.
Le technicien assure que le rugby a disparu des conversations.
« On est sur de l’entraide et de la solidarité. De ce point de vue-là, cela pourrait vraiment se comparer au rugby. Même des personnes qui ne s’aiment pas peuvent se retrouver sans problème dans le même pick-up pour éteindre l’incendie. »
Quelques heures avant de repartir en patrouille pour une nouvelle nuit, il ajoute :
La reprise de la saison n’est plus du tout sa priorité.
« À part ça, on ne parle jamais de rugby. Il y a une pause dans la tête de tout le monde au niveau boulot et loisir. »
Des vacances interrompues pour venir aider
La mobilisation dépasse largement les seuls habitants directement touchés par les flammes. Plusieurs joueurs ont changé leurs plans pour revenir donner un coup de main.
Le capitaine de Lacanau, Rémi Touron, a ainsi conduit sa famille sur son lieu de vacances avant de faire immédiatement demi-tour pour rejoindre les bénévoles mobilisés sur le terrain.
À Lège-Cap-Ferret, le club est lui aussi devenu un centre d’accueil pour les habitants évacués. Les tentes ont remplacé le matériel d’entraînement, tandis que les bénévoles organisaient l’arrivée des premiers sinistrés.
Une solidarité qui dépasse le rugby
À Salles, également, les rugbymen participent à la logistique et au soutien des secours, sans jamais chercher à remplacer les pompiers.
Le capitaine Brian Recher résume l’état d’esprit qui anime tous les bénévoles.
« On n’a pas vocation à éteindre le feu. Les pompiers passent, ils éteignent, et nous, on veille derrière. Dans le malheur et dans la tristesse, il y a aussi une forme de beauté. Tout le monde aime son territoire, ses forêts, ses villages. Alors chacun aide comme il peut. »
Pour ces joueurs, l’objectif n’est plus de préparer la prochaine saison. Tant que les incendies continueront de menacer leurs villages, le rugby attendra.







