
Depuis près de vingt ans, Jacky Lorenzetti fait partie des figures incontournables du rugby français. À la tête du Racing 92 via sa holding Ovalto, l’homme d’affaires a souvent été présenté comme l’un des grands mécènes du Top 14. Une appellation qu’il rejette pourtant catégoriquement. Pour lui, cette vision ne correspond ni à la réalité juridique, ni au fonctionnement économique du rugby professionnel.
Interrogé par L’équipe sur le modèle économique des clubs soutenus par de puissants actionnaires, le président du conseil de surveillance du Racing a tenu à remettre les pendules à l’heure. Derrière ce qui est souvent présenté comme du mécénat, il voit avant tout un investissement réalisé par une entreprise, avec des objectifs bien précis.
« Le mécénat n’a rien à voir avec notre modèle »
Jacky Lorenzetti estime que le terme de mécène est employé à tort lorsqu’il s’agit des principaux clubs du Top 14.
Il explique :
« C’est très réducteur et orienté de catégoriser ces quatre clubs. Le vocabulaire de mécène n’est pas du tout adapté à la réalité. Ce ne sont pas les personnes physiques qui sont propriétaires de ces clubs, ce sont des entreprises et en tant qu’entreprises, elles n’ont pas le droit au mécénat. »
Selon lui, la différence est fondamentale.
Il poursuit :
« Un mécène, c’est quelqu’un qui met de l’argent pour aider une cause et qui peut déduire fiscalement 66 % de son investissement. Rien à voir avec des chefs d’entreprise qui investissent dans une activité commerciale qui s’appelle le rugby. »
À ses yeux, le rugby professionnel constitue une véritable activité économique, qui génère du chiffre d’affaires, de la TVA, des charges sociales et participe pleinement à l’économie française.
« Nous sommes tous dans l’économie réelle »
Jacky Lorenzetti refuse également d’opposer les clubs soutenus par de grandes holdings aux autres formations du championnat.
Pour lui, tous évoluent selon une logique comparable.
Il affirme :
« Le propriétaire du Racing, ce n’est pas moi, Jacky Lorenzetti, c’est la holding Ovalto. Aucune différence avec Clermont et Michelin, Castres et les laboratoires Fabre, Perpignan et la holding du président, Bordeaux et la holding de Laurent Marti, Lyon et GL Events ou La Rochelle et la holding de Vincent Merling. »
Le dirigeant estime que présenter certains clubs comme relevant de « l’économie réelle » et d’autres du simple mécénat est une erreur de lecture.
Un investissement qui rapporte… autrement
Si le Racing ne dégage pas encore les bénéfices espérés, Jacky Lorenzetti estime que son investissement produit malgré tout un retour très concret pour l’ensemble de son groupe.
Pas nécessairement sous la forme d’un bénéfice comptable, mais grâce à la visibilité et à la notoriété apportées par le rugby.
Il explique :
« J’investis dans le Racing, j’essaie de faire en sorte que les recettes équivalent aux dépenses et pourquoi pas les dépassent, ce qui n’est pas le cas. Mais j’attends autre chose de mon investissement, en termes de communication, de notoriété me permettant d’avoir des discussions plus faciles avec des vendeurs, des clients ou des institutions pour mes autres activités comme le vin, l’immobilier ou l’agriculture. »
Le patron d’Ovalto reconnaît que cet impact est difficile à mesurer.
Il ajoute :
« C’est inchiffrable mais c’est très réel. Et je peux vous assurer que le retour sur investissement pour Ovalto est assez considérable. »
L’émotion compte aussi dans l’équation
Au-delà des retombées économiques, Jacky Lorenzetti admet qu’un investissement dans un club de rugby ne répond pas uniquement à une logique financière.
Il évoque également la passion, l’attachement au club et une part d’ego assumée.
Il reconnaît :
« Je me doute que cet effet rugby existe aussi pour ceux qui ont fait ou font de la politique comme Mohed Altrad. Il ne faut pas non plus se voiler la face. Derrière cet investissement, il y a un peu de mégalomanie ou d’ego comme vous préférez. Et puis bien sûr de l’émotion, de l’humain, des souvenirs pour la vie. »
Avant de conclure avec une formule qui résume parfaitement sa vision.
Jacky Lorenzetti conclut :
« Vous le chiffrez comment ça ? C’est une richesse inquantifiable. Si j’englobe tout, je suis bénéficiaire. »
À travers cette mise au point, le patron du Racing 92 défend une vision très différente de celle souvent associée aux grands investisseurs du rugby français. Pour lui, il ne s’agit pas de financer un club par passion ou par philanthropie, mais d’intégrer le rugby dans une stratégie globale où les bénéfices dépassent largement les seuls résultats financiers.







