
Quatre Boucliers de Brennus consécutifs, huit trophées remportés depuis 2019 et une génération déjà installée parmi les plus grandes de l’histoire du Stade Toulousain. Comment trouver encore des ressorts lorsque gagner est presque devenu une habitude ?
Ugo Mola et son staff ont justement pris l’habitude de donner un sens particulier à chaque saison. Depuis quelques années, un mot accompagne cette quête : « l’Odyssée ».
Le manager toulousain raconte avoir successivement construit ses saisons autour de différents thèmes. La période post-Covid avait ainsi été consacrée à « l’émergence », avant une « réunification » rendue nécessaire par la Coupe du monde 2023. Une saison finalement conclue par un doublé.
L’« Odyssée » pour marquer l’histoire de Toulouse
À mesure que les trophées se sont accumulés, l’objectif a changé de dimension. Il ne s’agissait plus seulement de gagner, mais de situer cette génération parmi toutes celles qui ont construit l’histoire du club.
Dans les colonnes de Midi Olympique, Ugo Mola raconte comment cette volonté a donné naissance à l’« Odyssée » :
« Quand on est arrivé au sixième titre, on a considéré qu’on voulait marquer l’histoire du club. Il y a eu de grandes générations dans les années 20, les années 40, les années 80, les années 90 et les années 2000. On a voulu les rattraper puis les dépasser. Aujourd’hui, il y a huit titres, donc on est une des générations les plus prolifiques. Dans vingt ans, on sera heureux de se revoir pour ce qu’on a fait. C’est déjà extraordinaire. Sauf que cette équipe a encore l’occasion de marquer son sport dans une compétition qui n’a jamais été aussi âpre et concurrentielle. »
Le défi dépasse désormais le cadre du Stade Toulousain.
Mola mesure la rareté de ce que son groupe est en train d’accomplir dans une compétition fonctionnant avec une saison régulière suivie de phases finales. Pour trouver des dynasties comparables, le technicien est même allé regarder du côté du sport américain et des Celtics des années 1960.
L’objectif initial de cette Odyssée a déjà été rempli, mais Mola refuse d’y voir un aboutissement :
« Avec la formule saisons régulières puis phases finales, il n’y a pas beaucoup d’exemples… Dans le foot, ça n’existe pas puisque les championnats sont sans phase finale. J’ai vu que les Celtics ont réussi à le faire dans les années 60. Être en mesure de gagner autant de titres sur une période donnée, c’est un exploit. Est-ce qu’on s’arrêtera là ? Cette fameuse Odyssée, c’était se donner, après le sixième titre, trois ou quatre ans pour en gagner au moins deux autres. C’est fait. Maintenant, est-on rassasiés ? Je ne l’espère pas. »
C’est précisément l’un des principaux dangers qui accompagnent cette accumulation de succès : parvenir à conserver la faim d’un groupe qui a déjà quasiment tout remporté.
« Je n’ai jamais eu de joueurs aussi en forme »
Pour tenter de prolonger cette dynamique, Toulouse a notamment misé sur la fraîcheur.
Les joueurs et le staff ont bénéficié d’une coupure plus importante que les années précédentes. Et les premières impressions de Mola à la reprise sont particulièrement encourageantes.
Le manager a retrouvé des joueurs reposés et un staff qui a profité de l’été pour renouveler ses idées :
« Le staff et les joueurs n’ont jamais eu autant de vacances et je n’ai jamais eu de joueurs aussi en forme, ni autant de concepts et d’innovations amenés par mes adjoints. La fraîcheur mentale est donc essentielle. Mais c’est risqué. On avait trois semaines, avec un stage et un match amical, pour se préparer avant de partir à La Rochelle. Il faut bien démarrer mais avec le calendrier qui nous a été concocté… Je ne peux pas tomber sur Canal + et Eric Bayle pour les doublons avec Bayonne car cette fois, il n’y en a pas ! (rire) En revanche, on affronte deux fois Lyon, le Racing et l’ASM sur les doublons. »
Le pari possède donc son revers. Toulouse n’a disposé que de trois semaines de préparation, avec un stage et une seule rencontre amicale, avant de commencer son championnat à La Rochelle.
Et le calendrier des périodes internationales ne facilitera pas davantage la tâche du quadruple champion de France.
Pour continuer à gagner, Toulouse devra donc trouver un équilibre entre fraîcheur, renouvellement et exigence immédiate.
L’« Odyssée » imaginée après le sixième trophée a déjà atteint son objectif initial avec deux titres supplémentaires.
Reste désormais à déterminer jusqu’où cette génération peut pousser une aventure qu’Ugo Mola refuse encore de considérer comme terminée.







