
Ugo Mola accepte les critiques, beaucoup moins le dénigrement systématique des performances du Stade Toulousain. Alors que son club se retrouve régulièrement au centre des débats autour du salary cap et de sa puissance financière, le manager toulousain défend un modèle capable de générer plus de 60 millions d’euros de chiffre d’affaires.
Et il adresse au passage un message particulièrement appuyé au secrétaire général de la Ligue.
Pour Mola, il faut d’abord distinguer la masse salariale du budget global d’un club. La puissance économique toulousaine repose aussi sur sa capacité à attirer des partenaires, vendre des produits dérivés et remplir les enceintes dans lesquelles l’équipe évolue.
« Il punit en fait le rugby »
Dans les colonnes de Midi Olympique, Mola assume cette puissance économique et ne comprend pas que la réussite commerciale de Toulouse puisse devenir un argument contre le club :
« On a la plus grosse masse salariale parce qu’on a beaucoup d’internationaux. Mais le budget, c’est du chiffre d’affaires. Il est de plus de 60 millions d’euros, parce qu’il y a une boutique qui marche très bien, que tu fais le record de sponsoring en France. Cela étant, il faut vendre des maillots, remplir son stade, vendre des bières à la bodega, être en mesure de générer du commerce… Ça, c’est la réalité de l’entreprise.
Mais ici, j’ai presque envie de dire que le chiffre d’affaires, c’est le sportif. Le produit, ce sont les joueurs. Quand j’entends un secrétaire général de la Ligue dire qu’il faut punir le Stade toulousain, il ne comprend pas qu’il punit en fait le rugby. Ce n’est pas moi qui ai créé l’économie de ce sport. En revanche, on y participe comme d’autres. On fait vendre des maillots, on remplit les stades quand on se déplace. Mais ce qui me gêne, c’est cette hostilité qui commence à germer. »
Les différentes affaires entourant le Stade Toulousain ont néanmoins installé un doute chez certains observateurs. Mola le reconnaît, mais refuse que celui-ci efface le travail sportif accompli.
Il rappelle notamment la capacité de son staff à développer les joueurs, en prenant Cheslin Kolbe comme exemple :
« Je sens que ça laisse planer le doute. Mais je ne vais pas dénigrer le travail fait, l’implication de mon staff et des joueurs. On en utilise 52 ou 53 en moyenne par saison et on a réussi, par le rugby, à les mettre en valeur. Quand on va chercher Cheslin Kolbe (en 2017), il n’est pas international et ne l’a jamais été. C’est en jouant chez nous qu’il l’est devenu. C’est à mettre aussi au crédit de notre staff. »
Et c’est précisément ce staff que le manager souhaite mettre davantage en lumière.
Mola insiste sur l’expérience et le travail réalisé dans l’ombre par ses adjoints :
« J’entends parler de mecs excellents à droite et à gauche, que telle sélection cherche à débaucher pour la défense ou l’attaque. C’est sûrement vrai ! J’ai la chance de bosser avec des gens brillants, qui pourraient être numéro un partout. Ils ne font pas de vagues, ne cherchent pas la lumière. Jean Bouilhou et Clément Poitrenaud, c’est 400 matchs de joueur, 350 matchs d’entraîneur, et dix-neuf finales chacun pour quinze gagnées. Dans le rugby français, qui en a fait autant ? Personne.
Laurent Thuery est en charge d’une des meilleures défenses du championnat depuis des années, Virgile Lacombe est un expert dans son domaine… On a sûrement un savoir-faire, mais on est moins bons dans le faire savoir. C’est peut-être une erreur de notre part, mais je sais que le staff toulousain bosse sans compter. Alors, quand il y a un bout de dénigrement de nos performances, on est affecté. »
Mola refuse de s’excuser de gagner
Le manager prend pour exemple la dernière finale de Top 14 remportée face à Montpellier (28-20). Il estime que les analyses ont davantage insisté sur les occasions manquées par le MHR que sur la capacité de Toulouse à empêcher son adversaire de renverser la rencontre.
Une lecture qui agace clairement le technicien :
« Prenez la dernière finale de Top 14 (face à Montpellier, 28-20). Jusqu’à preuve du contraire, empêcher une équipe de gagner, c’est gagner. En menant 25-6 à la mi-temps, on avait le droit d’empêcher notre adversaire de gagner. Mais, dans les analyses, on insiste sur les occasions des Montpelliérains. Je peux comprendre leur frustration mais je ne vais pas m’excuser d’avoir remporté le championnat. Les finales depuis trente ans, hormis celle contre Bordeaux à Marseille (en 2024, 59-03) ou un Biarritz-Toulouse (2006, 40-13), se sont toutes finies à une ou deux marques. »
Les polémiques peuvent ponctuellement servir de carburant au groupe. Mais Mola refuse d’en faire le moteur principal de la réussite toulousaine.
Pour lui, les résultats obtenus depuis plusieurs saisons ne peuvent pas être réduits à la qualité individuelle de l’effectif :
« Je suis obligé de protéger mon staff et mon groupe. Parfois, on s’en sert de levier. Mais honnêtement, je ne crois pas à l’aigreur et la rancœur qui motivent. De manière épisodique, d’accord, mais ce sont des choses qui ne durent pas. Ce qui dure, c’est d’être capable de gagner dans l’adversité. Et penser que juste aligner une équipe avec de grands joueurs le permet… (Il souffle) Beaucoup s’y sont essayés, il y a eu des spécialistes des grands recrutements et des équipes monstrueuses. Mis à part Mourad Boudjellal, je n’ai pas vu les autres gagner beaucoup. Mon rôle, c’est de garder le sportif le plus à l’écart de tout ce qui pourrait le perturber ou l’amener sur des terrains dangereux. »
Cette accumulation de critiques peut malgré tout laisser des traces.
Mola reconnaît qu’il peut personnellement en payer le prix et regrette surtout la manière dont certaines accusations sont formulées :
« Personnellement, peut-être. Mais pour l’instant, je suis dans l’action. Mon cas, on s’en fout. Ce qui compte, c’est le bien-être de mes joueurs et qu’on continue de générer des émotions. Ce qui est injuste, c’est le côté non-contradictoire de certaines accusations, le fait que des personnes salariées de la Ligue ont pris le pouvoir du rugby français et que les joueurs ne sont pas pleinement acteurs de leur milieu. »
Le message de Mola est donc moins une contestation de l’existence des règles qu’une défense de ce que Toulouse estime avoir construit : une puissance sportive devenue également une puissance économique, dont le manager refuse que les succès soient systématiquement regardés à travers le prisme des polémiques.







