
Paul Gustard ne veut placer aucune limite au Stade Français. Après avoir conduit le club parisien jusqu’en demi-finale du Top 14 la saison dernière, l’Anglais veut désormais décrocher un titre.
Et pour installer immédiatement cette ambition, il a fixé un objectif pour le moins spectaculaire à ses joueurs : prendre 30 points lors des six premières journées, soit le maximum possible !
Une exigence à l’image du changement opéré à Paris depuis son arrivée comme entraîneur en chef. Le Stade Français sortait d’une saison 2024-2025 terminée à la 12e place, dans un contexte compliqué. La saison dernière a permis au club de retrouver les premières places et une certaine unité. Mais pour Gustard, une demi-finale ne peut constituer une finalité.
« Gagner un titre reste l’objectif ultime »
Le technicien anglais mesure, dans les colonnes de L’équipe, le chemin parcouru mais ne se satisfera pas d’une nouvelle saison sans trophée :
« Je n’ai pas envie de me mettre une note. Ce qui m’importe, c’est que l’équipe ait progressé dans de nombreux domaines. La saison précédente avait été horrible (12e du Top 14). Il y a eu des tensions en interne, le rugby proposé n’était pas attrayant, c’était difficile. L’an dernier (3e, éliminé en demies), nous a permis de nous reconnecter, de montrer qu’on était un club unifié. Notre jeu s’est développé et nos structures se sont renforcées. J’espère que nous allons continuer dans cette voie. Cependant, mon objectif est de gagner un titre et ça n’a pas été le cas. Nous en avons la capacité, je crois en mes joueurs. Gagner un titre reste l’objectif ultime. Je viens d’équipes qui ont gagné des trophées. Ça fait un moment que ça ne m’est plus arrivé… »
Pour atteindre cet objectif, Gustard assume une philosophie particulièrement offensive : le Stade Français doit aborder chaque rencontre avec l’ambition de prendre cinq points.
L’Anglais reconnaît même avoir commis une erreur la saison dernière en adaptant parfois excessivement sa stratégie lors des déplacements.
Cette fois, Gustard veut libérer son équipe et pousse le raisonnement jusqu’à fixer un objectif de 30 points sur les six premières journées :
« Oui ! Il s’agit d’un état d’esprit. Celui d’être compétitif chaque jour, chaque match, sur chaque action. Plus on s’y tient, plus on a de chance de réussir. Il faut toujours rester ouvert à cette possibilité de gagner chaque match, marquer trois essais de plus que l’adversaire. Si vous abordez un match en pensant simplement glaner le point de bonus défensif, vous limitez votre potentiel et vous ne jouerez jamais votre meilleur rugby. L’an dernier, il nous est arrivé d’adapter un peu notre stratégie à l’extérieur. J’en prends la responsabilité et j’ai empêché l’équipe de s’exprimer pleinement. Après, en cours de match, il y a toujours une part d’adaptabilité. J’ai conscience qu’on ne peut pas prendre cinq points à chaque match. Mais si vous me demandez quel objectif j’ai fixé sur le premier bloc de six rencontres, je réponds : trente points ! Encore une fois, c’est une question de confiance. Si je dis vingt, on sait tous ce qui va se passer… »
Gustard reconnaît avoir changé sa manière de manager
Cette ambition s’accompagne d’une évolution personnelle. Gustard reconnaît avoir longtemps voulu contrôler trop de choses et estime aujourd’hui avoir appris à déléguer davantage.
Le Parisien assume les erreurs commises dans ses précédentes expériences :
« Un manager doit être très organisé, tout en sachant s’adapter. Avant, j’ai commis des erreurs. Plus particulièrement celle de vouloir en faire trop, de vouloir tout gérer, et donc de freiner mes adjoints. Aujourd’hui, j’ai une totale confiance en mon staff, ce qui ne m’empêche pas d’échanger avec eux, de leur donner des tuyaux pour se développer ou les challenger, avec cet objectif de toujours faire mieux. Confiance et liberté sont mes maîtres-mots. »
Sa méthode s’est notamment construite au contact de plusieurs entraîneurs qui ont marqué sa carrière.
Gustard cite Brendan Venter, Eddie Jones ou encore Mark McCall parmi ses principales inspirations :
« Brendan Venter a été un très bon entraîneur. Il m’a inspiré sur l’humain et son intelligence émotionnelle. Je respecte beaucoup cet aspect du management. Edward Griffiths, l’ex-directeur général des Saracens, a également été très inspirant dans sa façon de transformer son club. J’ai beaucoup appris à ses côtés. Je citerai également Eddie Jones pour son souci du détail. Son regard sur des choses a priori insignifiantes est incroyable. Il voit et comprend tout très rapidement. Il m’a fait énormément grandir. Enfin, je pense à Mark McCall qui m’a conseillé, tout en me laissant cette liberté dont je parlais précédemment. »
Cette liberté se retrouve dans sa relation avec ses joueurs. Gustard revendique une proximité importante avec son groupe sans renoncer à son autorité.
Il décrit ainsi sa manière de fonctionner au quotidien :
« L’important est d’être authentique. Je suis sociable. Donc je le suis avec mes joueurs. Pour que chacun donne le meilleur de soi, il faut que chacun soit la meilleure version de lui-même. J’aime être sur le terrain au milieu des gars. C’est naturel. C’est ma personnalité. On s’entraîne, on s’amuse, mais quand il faut prendre une décision, j’assume. On m’a souvent décrit comme quelqu’un de dur, mais juste. J’estime avoir cette honnêteté. »
Un dernier obstacle subsiste pour l’Anglais : la langue. Malgré plusieurs années en France, il reconnaît ne pas encore pouvoir communiquer aussi facilement qu’il le souhaiterait.
Une frustration qu’il tente de gommer en travaillant son français :
« C’est une de mes plus grandes frustrations : ne pas pouvoir communiquer autant que je le souhaite. À mon arrivée ici, je faisais du storytelling et des choses que je n’aurais jamais faits dans une équipe anglo-saxonne. Je m’efforce de coacher en français. Ce n’est pas parfait, mais les joueurs m’entendent. Et si nécessaire, je peux m’appuyer sur un autre coach. Je devrais avoir un meilleur niveau de français, je travaille sur ça. »
Gustard a également cherché à adapter sa philosophie au rugby français plutôt qu’à imposer une méthode purement britannique.
Il estime aujourd’hui avoir trouvé un équilibre entre les deux cultures :
« Quand j’étais un jeune joueur et que j’évoluais à Leicester, je me souviens être venu en France. J’avais assisté à un entraînement d’enfant de 12 ou 13 ans à Narbonne où ils ne faisaient que des petits jeux. Quand je suis venu à Paris, j’ai essayé d’embrasser cette mentalité de jeu à la française en gardant néanmoins le côté ordonné de la mentalité anglaise. Aujourd’hui, j’estime que mon équipe dispose d’un bon équilibre entre la folie et le pragmatisme. Mais je dirais que notre style de jeu est même plus français avec de la vitesse et cette capacité à défier les défenses adverses. »
Après la demi-finale de la saison dernière, le message est donc limpide : le Stade Français ne veut plus simplement participer aux phases finales. Et Gustard place immédiatement la barre au plus haut avec son improbable 30 sur 30 pour lancer la saison.







