
La victoire du Stade Français contre Perpignan a été marquée par une action menée contre la présence de Rufus McLean.
Deux banderoles dénonçant les violences sexistes et sexuelles ont été déployées à Jean-Bouin par des supporters parisiens.
Les messages sont apparus pendant environ cinq minutes, dès le coup d’envoi de cette première journée de Top 14. Installés dans un coin de l’en-but, des membres du Virage Lutèce ont souhaité rappeler leur soutien aux victimes.
Les deux banderoles portaient des messages particulièrement explicites.
« Soutien total aux victimes »
« VSS, face aux violences stop au silence »
Le recrutement de Rufus McLean toujours contesté
Cette action ciblait la présence dans l’effectif parisien de Rufus McLean, recruté durant l’intersaison et titularisé contre l’USAP. L’ailier avait été condamné en janvier 2023, en Écosse, pour violences conjugales et comportement de contrôle coercitif envers son ancienne compagne, pour des faits commis entre 2019 et 2021.
Après avoir plaidé coupable, le joueur avait écopé de 120 heures de travaux d’intérêt général et d’une interdiction d’entrer en contact avec la victime pendant dix ans.
Les Glasgow Warriors l’avaient immédiatement licencié et sa carrière avec la sélection écossaise, sous les couleurs de laquelle il comptait trois apparitions, avait pris fin.
Président du Virage Lutèce, Florian Alonso ne cache pas l’opposition de son association à cette arrivée.
Le représentant des supporters estime que cette signature ne correspond pas aux valeurs du Stade Français. Il s’est confié pour Le Parisien :
« Ce recrutement nous paraît scandaleux, cela ne fait pas partie de l’ADN du club. On en a eu les premiers échos en avril et cela a été rendu officiel à la soirée de fin de saison du club. On s’est posé la question des actions à mener. »
Une rencontre avec Thomas Lombard
Les responsables du Virage Lutèce ont rencontré Thomas Lombard à la fin du mois d’août. Pendant une heure, ils ont exposé au directeur général leurs inquiétudes concernant les femmes et les supportrices du club.
Florian Alonso assure que les banderoles ont été déployées avec l’accord du dirigeant parisien.
« On a échangé avec lui pendant une heure, on lui a dit qu’on ne comprenait pas ce choix vis-à-vis des femmes et des supportrices. On a eu une partie du rapport du tribunal de Glasgow.
Thomas Lombard nous a écoutés. On a décidé, avec son accord, de faire ces banderoles car on veut d’abord soutenir les victimes, pas montrer du doigt. On voulait marquer le coup mais on ne passera pas toute la saison avec ça. »
La polémique avait déjà poussé Her Game Too à rompre son partenariat avec le Stade Français. L’association, engagée contre le sexisme dans le football et le rugby, avait annoncé son retrait quelques jours après l’officialisation de la signature.
Elle considérait alors ce recrutement incompatible avec les fondements de sa collaboration avec le club.
« Ce recrutement constitue pour notre association une contradiction directe et irrémédiable avec les valeurs et les engagements qui fondaient ce partenariat. »
Her Game Too dénonçait également le message ainsi adressé aux femmes.
« Que leurs souffrances comptent moins que les performances sportives d’un homme condamné par la justice. »
Le Stade Français défend une deuxième chance
Thomas Lombard avait répondu à cette polémique en défendant le droit de Rufus McLean à reprendre sa carrière après avoir exécuté sa sanction.
Le directeur général du Stade Français regrettait que cette possibilité soit refusée au joueur.
« Ce que je déplore, c’est que le droit à la deuxième chance n’existe pas pour certains. Pourquoi quelqu’un qui a commis une faute, qui a été sanctionné pour cette faute, qui a payé, entre guillemets, pour ça, et qui s’est parfaitement comporté depuis, n’aurait pas le droit à une deuxième chance ? »
Rufus McLean avait également reconnu ses actes et affirmé avoir entrepris un important travail personnel depuis sa condamnation.
L’ailier assurait ne plus être l’homme qu’il était au moment des faits.
« À 19 ans, j’ai fait beaucoup d’erreurs et je ne cautionne en aucun cas mon comportement. J’étais immature et fragile. L’année 2023 a bouleversé ma vie. J’ai presque tout perdu. J’ai fait des erreurs de jeunesse et je l’accepte pleinement. Je ne suis plus la même personne et j’ai travaillé sur moi-même pour changer et m’améliorer. »
Face à lui samedi se trouvait Sevu Reece. Désormais joueur de Perpignan, l’international néo-zélandais avait lui aussi plaidé coupable dans une affaire de violences conjugales en 2018. Il avait reçu une amende sans condamnation, puis été licencié par le Connacht avant de relancer sa carrière avec les Crusaders.
Les deux ailiers rejoignent ainsi en Top 14 plusieurs joueurs déjà condamnés pour des violences conjugales, parmi lesquels les piliers montpelliérains Mohamed Haouas et Wilfrid Hounkpatin.







