
Kévin Noah a enfin découvert le Top 14 sous les couleurs de Clermont. Derrière cette première apparition se cache le parcours difficile d’un joueur longtemps freiné par une réputation qu’il considère injuste et exagérée.
À 125 kg, le troisième ligne impressionne par sa puissance et son intensité. Ceux qui le connaissent décrivent pourtant un garçon sensible et particulièrement attachant, profondément touché par les jugements dont il a fait l’objet.
Une réputation née à l’entraînement
Lors de ses premières années à Nevers, Kévin Noah voulait absolument prouver qu’il possédait le niveau nécessaire pour devenir professionnel. Son engagement parfois débordant à l’entraînement lui a progressivement donné l’image d’un joueur trop difficile à canaliser.
Dans les colonnes de La Montagne, le Clermontois estime que cette réputation est uniquement née de son envie de réussir.
« J’étais jeune et je voulais absolument jouer en pro. Du coup, c’est vrai, j’y allais fort à l’entraînement. Les ragots sur moi sont juste basés sur ça. Mais si tu ne mets pas d’intensité à 18 ans, tu n’en mettras jamais. Je n’ai rien fait de mal en vrai. C’est vraiment blessant d’entendre tout cela. Moi, je sais que je suis un bon mec. »
Plusieurs clubs se sont intéressés à son profil avant de finalement renoncer au moment de concrétiser leur intérêt. Une seule porte est restée ouverte lorsque l’USON Nevers a proposé son joueur à l’ASM : celle de Christophe Urios.
Urios a décidé de dépasser les préjugés
Prêté à Clermont, Kévin Noah a disputé ses premières minutes dans l’élite le 5 septembre dernier contre Lyon. Malgré la défaite auvergnate (40-36), le troisième ligne a réalisé son rêve en participant aux vingt dernières minutes.
Le joueur ne s’attendait pas à être retenu aussi rapidement. Cette décision a renforcé sa reconnaissance envers Christophe Urios, qui lui a accordé sa confiance sans tenir compte des commentaires entendus à son sujet.
Noah promet désormais de tout faire pour ne pas décevoir son manager.
« Christophe n’a pas écouté les ragots et m’a super bien accueilli. Il a réussi à voir le bon côté en moi et j’en suis reconnaissant. Il m’a aligné lors du premier match et j’étais assez étonné. Mais il croit en moi et, du coup, je n’ai pas envie de le décevoir. Je ferai tout pour que cela se passe bien à Clermont. Je lui dois ça. C’était mon rêve de jouer en Top 14 quand j’étais enfant. Et Christophe m’a donné cette chance. »
Cette relation dépasse déjà le simple cadre sportif. Pour la première fois depuis longtemps, le troisième ligne possède le sentiment d’être considéré sans a priori.
Le joueur insiste sur l’importance de l’attitude adoptée par Urios depuis son arrivée.
« C’est le seul mec qui m’a vraiment fait confiance et qui m’a traité comme tout le monde. Il n’a pas écouté les a priori. C’est un mec qui suit sa ligne de conduite et qui se fout de ce que les autres peuvent raconter. Et cela me fait énormément plaisir. »
« J’ai plus parlé à Kévin qu’à mes trois enfants »
À Nevers, Xavier Péméja a accompagné Kévin Noah pendant cinq saisons. Le manager nivernais a travaillé sur son immense potentiel, mais aussi sur ses étourderies, ses séances de kinésithérapie parfois oubliées et son manque initial de méthode.
Le technicien plaisante sur le temps consacré à son ancien joueur.
« Je crois que j’ai plus parlé à Kévin qu’à mes trois enfants. »
La relation n’a pas toujours été simple, mais Péméja a rapidement découvert le caractère particulièrement affectif du troisième ligne.
Malgré les moments plus difficiles, l’entraîneur reconnaît s’être profondément attaché à lui.
« J’ai 66 ans, j’ai commencé à entraîner en 1993 et je peux vous dire que je n’en ai eu qu’un seul comme ça. C’est obligé que l’on s’attache à ce garçon. Il a un côté affectif énorme. Même si, au bout d’un moment, on n’en peut plus. »
« Kévin est au bon endroit avec la bonne personne »
Xavier Péméja a rapidement félicité Noah après ses premiers pas avec Clermont. Le manager de Nevers souhaitait absolument voir son joueur découvrir le Top 14 et considère qu’Urios représente l’entraîneur idéal pour l’accompagner.
Il estime que l’ancien Bordelais saura canaliser positivement l’énergie débordante du troisième ligne.
« C’est un gosse très attachant. Il a tellement d’envie et de choses à montrer qu’à un moment il lâche trop. Mais je voulais à tout prix qu’il aille en Top 14. Et personnellement, j’étais content que Christophe le récupère. C’était le seul à pouvoir le gérer positivement et le faire réussir. Personne ne le voulait en Top 14. Kévin est au bon endroit avec la bonne personne. »
Nevers peut encore le récupérer en février
Kévin Noah reste contractuellement lié à Nevers. Son prêt comporte une clause permettant à l’USON de le récupérer dès le mois de février si son aventure clermontoise ne se déroule pas comme espéré.
Xavier Péméja croit toutefois fermement aux chances de réussite de son ancien protégé. Il rêvait depuis plusieurs années de pouvoir le regarder évoluer régulièrement au plus haut niveau.
Le manager décrit un profil physique qu’il considère unique dans le rugby français.
« Quand je serai à la retraite, je veux être dans mon canapé à regarder Kévin jouer en Top 14. C’est ce que je lui avais dit. Et s’il joue régulièrement en Top 14, il ira bien plus loin. En France, ce profil n’existe pas. Je me répète mais, dans ma carrière, je n’ai jamais vu ça. Son poids de forme, c’est 125 kg. Une fois, il a démarré une saison à 118 kg, c’était un avion à réaction ! »







